«Fermez les yeux. Vous êtes dans un torrent où dévalent les idées et les sensations physiques. Asseyez-vous sur la berge et observez vos pensées.» Le psychiatre Hugues Cormier parle lentement. Devant lui, dans une salle de classe aux murs bleu terne, une trentaine d'étudiants écoutent en silence tandis qu'il les fait voyager dans leur inconscient.

Mis à jour le 13 juin 2012
Gabrielle Duchaine LA PRESSE

L'image de ces futurs médecins assis à leurs bureaux, les yeux clos, peut être surprenante. Pourtant, elle est maintenant chose commune à l'Université de Montréal (UdeM). «Tous les nouveaux étudiants reçoivent une initiation à la méditation», explique le Dr Cormier, professeur en développement humain à la faculté de médecine. Une pratique inspirée de l'Université de Rochester, où elle fait partie du programme obligatoire de médecine.

«Le but est de leur apprendre à entrer en contact avec eux-mêmes pour qu'ils se rendent compte à quel point leur esprit est à l'envers. Ils sont sur le pilote automatique. Cette petite pause permet de faire baisser la tension.»

Conscients du stress qui pèse souvent très lourd sur les épaules de leur jeune clientèle, les responsables de la faculté de médecine de l'UdeM rencontrent depuis quelques années les cohortes de première et de deuxième année en début de trimestre afin de les conscientiser à l'ampleur du défi qui les attend. «À se sortir de la folie qui les entoure afin de prendre du temps pour eux», dit le Dr Cormier.

Ses collègues et lui rappellent notamment aux étudiants de faire de l'activité physique, de garder des amis ailleurs que dans leurs cours, de pratiquer des loisirs et de manger sainement. Des conseils simples, mais parfois difficiles à appliquer pour des jeunes pris dans le tourbillon de leurs études.

C'est dans le cadre de ces mêmes rencontres que tous les étudiants en médecine apprennent à méditer. «On les invite ensuite à pratiquer une miniméditation de trois minutes, trois fois par jour. Ils peuvent faire ça n'importe où: dans la file d'attente de l'épicerie ou dans le métro», explique Hugues Cormier, qui offre aussi des ateliers hebdomadaires de méditation d'une trentaine de minutes où les étudiants peuvent se détendre en groupe.

«C'est une habitude à acquérir, comme celle de se brosser les dents chaque jour. Cette forme d'hygiène de l'esprit et de l'âme a été étudiée et s'est révélée efficace», assure le Dr Cormier.