Les orphelins de Duplessis partent en croisade contre l'informatisation de leur faux diagnostic de débilité mentale. Un comité les représentant entend se présenter en camisole de force au conseil d'administration de l'agence de la santé et des services sociaux de Montréal, ce soir, afin de forcer l'adoption d'un décret assurant le retrait de cette partie noire de leur dossier médical au moment de l'informatisation de la santé au Québec par l'entremise du Dossier santé Québec (DSQ).

Sara Champagne LA PRESSE

Le Comité des orphelins victimes d'abus (COVA) estime que jusqu'à 15 000 orphelins au Québec pourraient avoir reçu un faux diagnostic psychiatrique entre 1940 et 1965. Loin d'être contre le progrès, le président de ce comité, Lucien Landry, explique que les orphelins veulent avoir un dossier numérisé pour recevoir des soins efficaces sans devoir payer pour les injustices dont ils ont été victimes par le passé.

«À l'heure actuelle, un orphelin est immédiatement dirigé en psychiatrie quand il va à l'hôpital et qu'un professionnel de la santé prend connaissance du diagnostic de débilité me ntale, rappelle M.Landry. Nous, ce qu'on craint, c'est que la numérisation de nos dossiers fasse ressurgir les préjudices, d'autant plus que les jeunes médecins ne connaissent pas nécessairement notre histoire.»

Dans l'espoir de faire effacer les traces des faux diagnostics, le COVA a déjà rencontré un représentant du ministre de la Santé, de même que la direction du Collège des médecins du Québec. Au cabinet du ministre Yves Bolduc, le conseiller spécial, François Whitton, a indiqué que le Ministère allait se pencher sur la question et faire des recommandations. «Mais à ce moment-ci, il est prématuré pour nous de nous positionner sur ces demandes», a-t-il écrit dans une correspondance que La Presse a obtenue.

L'attachée du ministre de la Santé, Natasha Boudreau, a expliqué à La Presse que normalement, il faut qu'un médecin pose un nouveau diagnostic pour en effacer un. «Il faut donc se pencher sur la faisabilité. Il faut voir s'il n'y a pas une autre procédure possible.»

Le secrétaire du Collège des médecins, le Dr Yves Robert, a de son côté expliqué aux orphelins que l'ordre n'a pas le pouvoir d'effacer des dossiers médicaux dans les établissements de santé. «Habituellement, a précisé la porte-parole du Collège, Leslie Labranche, les dossiers sont effacés après cinq à dix ans.»

La porte-parole en matière de santé au Parti québécois, Agnès Maltais, espère que les orphelins auront leur mot à dire à l'occasion de la commission parlementaire, qui aura lieu en mai ou en juin, sur le projet de loi 59 portant sur l'autorisation de numériser les dossiers de santé. «En 2001, le gouvernement a reconnu que les orphelins ont été lésés dans leurs droits et il a versé une compensation, a-t-elle rappelé. Ils sont dans leur droit. Je veux qu'ils se fassent entendre.»

Les revendications des orphelins interpellent aussi le directeur de l'Association des victimes de prêtres, Carlo Tarini, qui s'insurge contre le fait que les communautés religieuses et le clergé n'aient jamais présenté d'excuses à ce jour, et ce, 12 ans après que la reconnaissance du gouvernement fut intervenue. «Les orphelins qui ont reçu des diagnostics de débilité mentale ont été enfermés dans des cellules en camisole de force, a-t-il rappelé. Plusieurs de ces enfants ont été contraints de nettoyer des débiles mentaux dans les institutions psychiatriques. Le ministère de la Santé a l'obligation d'intervenir.»