Une résidence pour aînés clandestine, offrant des conditions d'hébergement douteuses, a été exploitée dans l'est de la métropole, sous le nez de l'agence de la santé et des services sociaux de Montréal. Selon des informations obtenues par La Presse, l'établissement situé au 5400, boulevard Gouin Est héberge entre trois et cinq résidants depuis un an.

Mis à jour le 24 janv. 2012
Ariane Lacoursière LA PRESSE

Récemment, l'état de santé d'un résidant s'est détérioré au point de nécessiter plusieurs heures de soins par jour. On a pris contact avec le centre de santé et de services sociaux (CSSS) Ahuntsic-Montréal-Nord pour lui offrir des soins à domicile.

Réalisant que l'homme habitait dans un établissement clandestin, non certifié par le gouvernement, le CSSS a questionné l'agence de la santé de Montréal pour savoir si ce patient devait y rester. L'agence a autorisé ce retour, malgré le statut de la résidence.

Interrogée à ce sujet, la porte-parole de l'agence de Montréal, Geneviève Bettez, précise que l'établissement a déjà été certifié dans le passé. «Ça s'appelait alors la résidence St-Joseph. C'était sous l'ancien propriétaire. Ç'a ensuite été vendu. Et quand une résidence est vendue, elle doit recommencer le processus de certification», explique-t-elle.

Le nouveau propriétaire, Job Ariste, dit que lorsqu'il a pris possession de l'immeuble il y a un an, il ignorait qu'il devait recommencer le processus de certification. «Mais maintenant, je vais le faire», assure-t-il.

Le fait que l'établissement ait déjà été certifié est fort surprenant. En effet, lors d'une visite sur un des étages hier matin, La Presse a pu constater que la résidence semblait loin de respecter les critères de certification. Les installations sont vieillottes. Les couloirs sont sombres et encombrés de vieux ordinateurs et d'un frigo. La Presse a pu se promener de longues minutes au deuxième étage sans jamais être importunée. Par une porte de chambre entrouverte, on a aperçu une vieille dame très maigre assoupie en étant à moitié tombée de son lit. On peut se demander comment une résidence qui était autrefois certifiée peut aujourd'hui être dans cet état.

Lydia Ingenito, directrice adjointe pour les personnes en perte d'autonomie liée au vieillissement à l'agence de Montréal, reconnaît que son équipe a elle aussi été surprise de savoir que l'établissement avait déjà été certifié. À la suite d'appels de La Presse, l'agence s'est rendue à la résidence vendredi dernier et a constaté «qu'il y avait des améliorations à apporter», selon Mme Ingenito, qui ajoute que l'état de la résidence s'était «détérioré».

M. Ariste reconnaît que son établissent «n'est pas idéal». Mais il assure que les résidants sont «bien traités». «Je suis là pour la sécurité des gens. Vous avez visité le deuxième étage alors que les résidants sont tous au rez-de-chaussée habituellement, dit-il. J'ai des plans d'amélioration de la bâtisse. J'ai déjà commencé à améliorer des choses. Et je suis maintenant inscrit dans le processus de certification. Je vais me conformer», dit-il.

Mme Bettez reconnaît que «l'agence aurait dû suivre le processus de certification de cet établissement de plus près». «C'est notre erreur, dit-elle. On est en lien avec les familles pour s'assurer que personne n'est en danger. On va continuer de suivre la résidence de près.»

Mme Ingenito ajoute qu'elle n'attendra pas les recommandations du Conseil québécois d'agrément, organisme responsable de la certification, pour agir. «On a déjà demandé des modifications et le propriétaire a la bonne volonté de vouloir les faire», dit-elle.

Quant au résidant demandant plusieurs heures de soins par jour, il continuera d'être hébergé dans cette résidence si telle est sa volonté, tout en recevant trois visites du CSSS chaque jour.