L'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) devra faire preuve de plus de compassion et revenir avec une proposition qui permettra d'accepter certains médicaments pour le cancer qui ont été exclus à cause de leurs coûts lors de la revision de la liste des produits remboursés au début du mois.

Denis Lessard LA PRESSE

«Je leur ai demandé de me revenir là-dessus et cela se fera rapidement, avant les Fêtes» d'expliquer samedi le ministre de la Santé, Yves Bolduc. Il est clair pour lui qu'un réexamen s'impose pour les quatre médicaments qui viennent d'être exclus.

Lors d'une rencontre avec l'INESSS, Bolduc a compris que l'organisme n'avait pas, depuis un bon moment, indexé ses grilles de calcul - le seuil de 60 000$ par année comme coût maximal de traitement annuel n'a pas été révisé depuis longtemps. Aussi parmi les médicaments refusés, certains sont approuvés par d'autres provinces constate M. Bolduc. Mais le bon sens devra primer: «On ne peut demander à l'ensemble des contribuables de payer 300 000$ pour un traitement qui prolonge la vie d'un mois!», illustre-t-il.

L'organisme d'évaluation des médicaments devra faire preuve d'un peu plus de compassion. «Il faut comprendre que deux mois de plus pour une personne qui est en fin de vie n'a pas le même sens que pour vous et moi», a mentionné le ministre Bolduc.

Dans les milieux médicaux, on peste toutefois contre la valse-hésitation du ministre de la Santé. L'INESSS n'a qu'un pouvoir de recommandation et si des médicaments ont été exclus de la liste d'octobre c'est, en pratique, une décision du ministre. Cette exclusion vient aussi éliminer dans les faits certains médicaments pour lesquels les firmes ont déjà fait une troisième demande pour un produit non autorisé. Une nouvelle requête n'est plus recevable dans le système actuel.

La nouvelle liste des médicaments autorisés et remboursés par la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ), publiée début octobre, éliminait au moins quatre médicaments contre le cancer. La Coalition priorité cancer du Québec avait attaché le grelot à cette décision.

L'INESSS, l'ancien Conseil du médicament, évalue des médicaments en vue de permettre ou non leur remboursement par la RAMQ. Cinq critères sont évalués, dont la valeur thérapeutique du produit, la justesse du prix et le rapport entre le coût et l'efficacité du médicament.

Dans son dernier avis, l'INESSS refuse d'autoriser le remboursement de l'Afinitor (contre le cancer rénal) et celui de l'Alimta, du Tarceva et de l'Iressa (tous contre le cancer du poumon).

L'approbation de médicaments contre le cancer est complexe. En mai 2011, une table de travail a été créée par l'INESSS et le Comité de l'évolution des pratiques en oncologie pour déterminer si un médicament doit être remboursé ou non.

Si un médicament fait l'objet d'un premier refus, le fabricant doit revenir avec de nouvelles données scientifiques et prouver l'importance de le faire rembourser par la RAMQ.

Plusieurs des médicaments contre le cancer refusés avaient fait l'objet de précédents refus en février ou en juin dernier. L'Alimta, l'Iressa et le Tarceva ont tous été écartés une seconde fois pour des raisons «économiques et pharmacoéconomiques», selon l'INESSS.

L'Afinitor a quant à lui été refusé pour des raisons de «valeur thérapeutique». Dans un avis publié l'été dernier, l'Association canadienne du cancer du rein avait pressé l'INESS de «cesser de faire cavalier seul au détriment des patients québécois atteints du cancer du rein» et demandé le remboursement de l'Afinitor.

Photo: CNW

L'Afinitor est l'un des quatre médicaments don l'INESS refuse le remboursement.