La conciliation entre le travail et les responsabilités liées aux soins à prodiguer à un proche demeure l'un des grands défis des aidants naturels.

Lise Millette LA PRESSE CANADIENNE

Décider de prendre soin d'un parent âgé ou malade incombe un lot de réorganisation, et souvent, un nécessaire besoin de repenser la vie professionnelle de ceux qui acceptent de tels mandats.

Sylvie Riopel, du Regroupement des aidantes et aidants naturel(le)s de Montréal (R.A.A.N.M.) estime qu'il reste encore beaucoup à faire et à gagner tant auprès des employeurs que des syndicats.

Réunis en rencontre régionale, les aidants naturels de Montréal ont discuté de la flexibilité nécessaire pour assumer leur rôle, notamment, en ce qui a trait aux horaires de travail.

Mme Riopel souligne également que lorsque survient la décision de prendre soin d'un proche, c'est généralement la femme qui accepte de renoncer à une partie de sa vie professionnelle, notamment puisqu'elle obtient encore aujourd'hui un salaire moindre et des avantages qui le sont tout autant. L'équité salariale n'est encore qu'une équité de mots dans bien des secteurs.

Outre la question financière, la notion de perception du rôle d'aidant naturel n'a toujours pas obtenu sa pleine reconnaissance et certaines personnes, hésitent à se reconnaître elles-mêmes comme des aidants.

«Il y a une belle volonté chez les proches aidants de poursuivre leur travail et d'être performant dans ce qu'ils accomplissent, au travail et comme proche aidant, mais s'il n'y a pas de services à domicile, c'est un non-sens», estime Mme Riopel.

Le rôle des aidants naturels fait l'objet de plusieurs campagnes de valorisation, mais les mesures réelles tardent toujours à être mises en place. Les services de soins à domicile peinent à suffire à la demande, l'accès au personnel médical n'est pas toujours possible, la bureaucratie ne suit pas toujours au même rythme que les besoins.

Mme Riopel réfère notamment à la «prestation de compassion» offerte par l'Assurance-emploi. Cette mesure fédérale permet de toucher des prestations pendant au plus six semaines si une personne doit s'absenter du travail pour fournir des soins ou du soutien à un membre de la famille souffrant d'une maladie grave.

Pour bénéficier de cette aide, un certificat du médecin assurant que la personne va mourir dans les vingt-six prochaines semaines.

«Cette mesure-là ne fonctionne pas. Personne ne peut prédire quand quelqu'un va mourir, les deux semaines de pénalités sont un véritable frein et le montant versé est insuffisant», juge Sylvie Riopel.

En ce qui concerne les autres mesures fiscales, le regroupement des aidants déplore qu'une majorité de crédits sont encore non-remboursables, et donc, ne sont pas considérés comme universels.

Sylvie Riopel maintient que l'État se désengage en n'offrant pas les services sociaux dont ont besoin les aidants qui assument une charge supplémentaire par choix ou pas.

«On assiste à une coupure du panier de services avec les compressions annoncées, il faut éviter plus de désengagement. Il faut une amélioration conciliation-travail-responsabilités avec services sociaux et tout ça doit aller ensemble», conclut Mme Riopel.