L'application du programme d'intervention comportementale intensive (ICI), implanté depuis 2003 au Québec et qui coûte chaque année 25 millions au gouvernement, est confiée à des intervenants insuffisamment formés, dénoncent différents experts.

Ariane Lacoursière LA PRESSE

Dans un rapport publié en octobre 2009, la protectrice du citoyen a noté plusieurs lacunes dans l'application de l'ICI au Québec, dont des «écarts dans les niveaux de formation de base des divers intervenants». «Il arrive que des personnes qui ont comme seule compétence leur intérêt pour les troubles envahissants du développement (TED) pratiquent l'ICI avec une supervision à distance», écrit la protectrice du citoyen.

Même si elle croit à l'ICI, Carole Ladouceur, mère d'un enfant autiste, reconnaît que la province l'applique de façon «très imparfaite» actuellement. «La formation des intervenants n'est pas adéquate. Il n'y a pas toujours de superviseur. Il faut avouer que les résultats ne sont pas là. Mais il ne faut pas critiquer l'ICI. Le problème se trouve dans la qualité du service offert», dit-elle.

Professeure de psychologie à l'UQAM, Nathalie Poirier explique que les intervenants qui travaillent dans les Centres de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) titulaires d'un diplôme technique ou un baccalauréat reçoivent une formation théorique d'une journée en ICI et deux jours de cours pratiques avant de pouvoir appliquer cette méthode auprès des enfants. «C'est peu. Les éducatrices ne sont pas toutes qualifiées. Et il n'y a pas beaucoup de personnes ressources pour répondre à leurs questions.»

Président de l'Association ABA Québec, Marc Lanovaz déplore qu'aucune formation complète en ICI ne soit offerte au Québec. «On n'offre pas de maîtrise sur ce sujet. La qualité de l'ICI au Québec est hypothéquée par le manque de formation des intervenants», dit-il. Parce que la clientèle est lourde, plusieurs intervenantes quittent leur emploi au bout de quelque temps. Le taux de roulement des intervenants est effarant. Plusieurs parents déplorent d'ailleurs le fait que leur enfant doive constamment s'habituer à de nouveaux visages.