Le bureau du premier ministre Stephen Harper a rabroué un député conservateur, hier, qui s'était prononcé contre la réhabilitation historique du leader métis Louis Riel.

Mis à jour le 19 févr. 2010
Hugo de Grandpré LA PRESSE

Dans un dépliant envoyé dans des milliers de foyers albertains à même les fonds de la Chambre des communes, le député d'Edmonton Ouest, Peter Goldring, décrit Riel comme un «méchant» (villain) responsable de la mort de 80 personnes au cours des affrontements qui l'ont opposé au gouvernement canadien en 1869 et en 1885.

 

«Le fait de demander pardon à la mémoire de Riel et de le nommer Père de la Confédération serait une insulte à la mémoire de ces soldats morts et de leurs descendants», a-t-il écrit.

M. Goldring réagissait ainsi à des tentatives de réhabilitation de la mémoire de Louis Riel, condamné pour haute trahison à la suite d'un procès controversé et pendu en 1885 à Regina.

Le bureau de Stephen Harper a été prompt à réagir et à condamner les paroles du député. «Ce document n'est absolument pas, sous quelque forme que ce soit, une initiative de notre gouvernement ou de notre parti. C'est une initiative personnelle du député Goldring, que nous désapprouvons fortement», a déclaré le porte-parole de M. Harper, Dimitri Soudas, dans un courriel.

«Louis Riel est un personnage historique et controversé. Mais il a joué un rôle important dans le développement du Canada et dans la protection des droits et de la culture des Métis et des francophones au Canada.»

Projet de loi

Le député néo-démocrate Pat Martin est l'un de ceux qui ont entrepris les démarches en vue de la réhabilitation de Louis Riel dans l'histoire. Depuis plusieurs années, notamment l'automne dernier, M. Martin a déposé des projets de loi pour forcer le Parlement canadien à annuler la condamnation pour haute trahison du chef métis et à le nommer Père de la Confédération.

Dans le dépliant, Peter Goldring, ancien réformiste sous Preston Manning, vilipende également CBC et le magazine Canadian Lawyer pour avoir eu des idées du même ordre.

«Je comprends que c'est un grand débat qui suscite beaucoup d'émotions, mais je ne pense pas non plus que l'on devrait disculper les rebelles de Papineau et les dépendre», a illustré le député conservateur lors d'un entretien téléphonique avec La Presse.

Le débat sur Louis Riel a historiquement fait du tort au Parti conservateur au Québec, où, vers la fin du XIXe siècle, il est devenu un symbole de la lutte des francophones face au reste du Canada.

«Au Québec, la chute de Louis Riel a signifié le début de la fin pour le Parti conservateur», a expliqué Yves Frenette, professeur d'histoire et directeur du Centre de recherche en civilisation canadienne française de l'Université d'Ottawa.

«Le déclin a commencé avec la pendaison de Riel en 1885 et il s'est terminé en 1917-1918 avec la crise de la conscription.»

La députée conservatrice de Saint-Boniface, Shelly Glover, elle-même métisse, s'est dite déçue de l'initiative de son collègue. «Ça me blesse de voir des mots comme ça», a-t-elle dit.

Avec la collaboration de J.-D. Bellavance