Ce n'est pas d'hier que les jeunes familles vont s'installer en banlieue. «C'était vrai dans les années 60 et 70, mais on n'était pas obligé d'aller aussi loin», dit Paul Lewis, professeur à la faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal. Jadis on déménageait à Longueuil, aujourd'hui on poursuit notre route jusqu'à Candiac ou à Saint-Philippe.

Marie Allard LA PRESSE

«Tant que le principal revenu des villes sera les taxes foncières, les zones constructibles vont être exploitées, analyse Sylvain Paquette, chercheur à la même faculté. Sur ce plan-là, les dés sont un peu pipés.»

 

Collectivement, «c'est un peu problématique, observe M. Lewis. Ça nous force à construire de nouvelles infrastructures et les enfants sont de moins en moins capables d'aller à l'école à pied. Ce qui n'empêche pas qu'il va falloir mettre beaucoup d'argent dans les écoles des quartiers centraux, qui vieillissent.»

Même pour les familles, «ce n'est pas nécessairement bon sur le plan financier, dit le professeur. Elles sont obligées d'acheter une deuxième voiture et de passer un temps fou dans les déplacements.» Sans compter l'impact négatif sur l'environnement. «Plus on s'installe en banlieue, plus on est dépendant de l'automobile, souligne-t-il. Si le prix de l'essence double ou triple, les localisations excentriques vont devenir moins intéressantes.»

Standards trop élevés?

En contrepartie, «d'un point de vue individuel, on ne trouve pas de logement acceptable en ville, reconnaît M. Lewis. Le problème, c'est que nos standards de qualité ont changé. On veut au moins une chambre par enfant. On est dans une société où on imagine qu'il est impossible d'élever des enfants dans un troisième étage, alors que c'est comme ça que nos parents ont fait.»

Le phénomène n'est pas prêt de se résorber. «On est dans un système qui ne semble pas vouloir mettre des contraintes à l'étalement urbain ou des incitatifs pour rester en ville, indique le professeur. On laisse faire les municipalités comme elles veulent, les gens comme ils veulent, et le gouvernement ramasse les factures pour les nouveaux services, la construction d'échangeurs, d'écoles, d'hôpitaux. Si on faisait payer les gens pour le coût de l'installation des services - vous voulez une école, vous allez la payer -, peut-être que ça ralentirait.»