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Les libéraux cherchent les raisons de la débâcle

Des électeurs sympathiques aux libéraux sont carrément restés... (Photo MARTIN OUELLET-DIOTTE, Agence France-Presse)

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Des électeurs sympathiques aux libéraux sont carrément restés chez eux, « c'est probablement ce qui s'est passé », convient Luc Fortin, ministre défait dans Sherbrooke.

Photo MARTIN OUELLET-DIOTTE, Agence France-Presse

Encore secoués par la dégelée subie aux élections générales, lundi, les candidats du PLQ ont entamé une première autopsie pour comprendre pourquoi les électeurs francophones leur ont tourné le dos. Des sympathisants libéraux restés chez eux jusqu'à l'efficacité du message sur le « changement » : les candidats battus comme élus y allaient hier de leurs hypothèses.

En marge d'une réunion à laquelle participaient les candidats libéraux de la dernière campagne, on tentait d'analyser les causes de la pire défaite du PLQ en 150 ans. Aujourd'hui, les députés se réunissent entre élus, pour choisir un chef intérimaire pour la période de 18 à 24 mois qui précédera une course au leadership formelle. Les élus attendent de pied ferme leur collègue de Chomedey, Guy Ouellette, qui a transmis des informations sensibles aux adversaires caquistes. Il brillait par son absence aujourd'hui et risque une expulsion rapide du caucus.

Des électeurs sympathiques aux libéraux sont carrément restés chez eux, « c'est probablement ce qui s'est passé », convient Luc Fortin, ministre défait dans Sherbrooke.

« C'est évident que c'est ce qui s'est passé, c'est symptomatique d'un malaise au sein du parti. Un libéral, normalement, ça sort et ça va voter ! » - Pierre Moreau, ministre défait dans Châteauguay

M. Moreau a avoué n'avoir absolument pas vu venir sa défaite. Pour lui, les libéraux « ne pourront pas faire l'économie d'une analyse très précise de ce qui s'est passé. Pour le parti, c'est sans précédent sur 150 ans d'histoire, [il] a fini en bas de 25 % des voix ». Le PLQ doit « rappeler les militants qui ne sont pas allés voter, leur demander pourquoi ! », résume-t-il. Se précipiter dans une course à la direction du parti risquerait de télescoper le nécessaire diagnostic des résultats de lundi dernier, observe M. Moreau.

Un autre jeune libéral, élu celui-là dans Pontiac, André Fortin, estime que le PLQ aura à « présenter de nouvelles idées, avec de nouveaux moyens de communiquer avec les électeurs ».

Derrière les portes closes, l'absence des libéraux aux urnes a maintes fois été évoquée. Mais c'est la sortie de Pierre Moreau qui aura été le clou de la rencontre.

Dans un discours enflammé, il a souligné l'importance pour le PLQ de « reconnecter » avec la population francophone. Surtout, il a insisté énormément sur l'obligation pour le parti de présenter un nouveau « projet de société » aux électeurs. « La seule phrase qui manquait, c'était l'annonce qu'il sera candidat au leadership », de confier un témoin.

Dans les coulisses, les apparatchiks du parti commencent à faire circuler l'idée qu'un chef intérimaire ne devrait pas être disqualifié d'une véritable course à la direction du PLQ - des conservateurs fédéraux souhaitaient que l'intérimaire Rona Ambrose puisse se présenter contre Andrew Scheer et Maxime Bernier, rappelle-t-on. Un des élus pressentis pour briguer le poste de chef, Sébastien Proulx, n'a donné aucun indice sur ses intentions dans le cadre de la réunion d'hier, qui a duré environ deux heures.

DES CHIFFRES INQUIÉTANTS

Quelques données qui n'ont pas été mises en exergue jusqu'ici montrent l'ampleur de la défaite du PLQ. Le 25 % des suffrages exprimés est déjà un creux, mais en scrutant les résultats, les organisateurs ont constaté que dans pas moins de 34 circonscriptions, le candidat libéral n'avait pas atteint le 15 % nécessaire pour obtenir le remboursement de la moitié des dépenses électorales. Un précédent. Jusqu'ici, le PLQ franchissait ce seuil même dans des circonscriptions imprenables. Une facture imprévue de centaines de milliers de dollars. C'est sans compter que la diminution du vote exprimé pour le PLQ, 1 million contre 1,75 million en 2014, entraînera une diminution de 1,5 million par année de l'allocation offerte par le Directeur général des élections.

Les députés se réunissent entre eux aujourd'hui pour se choisir un chef intérimaire. Candidat au poste, Pierre Arcand restait bien prudent. « Je suis là pour servir, pour aider à relancer le parti, faire ma part si bien sûr les députés le veulent. » Certains députés disent que l'ex-président du Conseil du trésor est le candidat de l'establishment du PLQ. « Ceux-là ne doivent pas être pour moi ! », a-t-il ironisé.

LA QUESTION IDENTITAIRE

Luc Fortin rappelle que les décisions du gouvernement étaient parfois impopulaires, « mais l'histoire rendra justice à Philippe Couillard ». Sa défaite dans Sherbrooke aux mains de Québec solidaire s'explique par l'effondrement du vote péquiste passé en bonne partie à QS. Pour lui, il faut « reconnecter » avec l'électorat francophone, quelques semaines d'analyse seront nécessaires pour trouver les causes de la défaite.

Pour Jean Rousselle, réélu dans Vimont, la question identitaire a eu un impact sur les chances du PLQ.

« C'est sûr que dans mon porte-à-porte, beaucoup de gens m'en ont parlé. Les gens ont toujours peur de quelque chose qu'ils ne connaissent pas. » - Jean Rousselle

« Il faudra faire une analyse complète avant d'identifier ce qui nous a fait mal », résume l'ex-policier.

Pour la ministre Lucie Charlebois, défaite dans Soulanges, « il est clair que les gens voulaient un changement. Ils voulaient entendre quelque chose de miraculeux. Ils voulaient entendre un autre message que le [sien] ». Surtout, la campagne « sur les 15 années de régime libéral a collé », constate-t-elle.

Philosophe, Carlos Leitão rappelait « qu'on a déjà vu ça, des vagues qui passent ». Pas question pour lui toutefois de lorgner du côté d'Ottawa : « J'ai un mandat et je vais me rendre jusqu'au bout », résume-t-il.

Un autre relativisait le résultat de lundi. « On va se poser des questions, on va trouver des réponses ensemble. L'histoire du PLQ n'est pas terminée. Je n'aurai pas de réponse à donner tant qu'on n'aura pas eu une réflexion ensemble », observe Sébastien Proulx, qui refuse de conjecturer sur une éventuelle course à la direction du PLQ.

PROPOSER « UNE VRAIE OPPOSITION »

Pour Hélène David, le PLQ « a 150 ans d'histoire, il aura une bonne, profonde et sérieuse réflexion ». Il devra proposer « une vraie opposition pour incarner les valeurs du parti ». Le retour du débat sur le port du voile « est d'une tristesse infinie ». La CAQ a un mandat majoritaire, « mais on sera là pour préserver le plus possible le Québec inclusif, celui qu'on aime ».

Pour Marwah Rizqy, élue dans Saint-Laurent, « toute bonne démocratie doit d'abord défendre les groupes minoritaires. Quand c'était la question principale, en 2014, les Québécois ont dit non [à la charte des valeurs] ». Dans la dernière campagne, le débat sur l'immigration s'est limité à l'enjeu du nombre d'immigrants acceptés au Québec, a-t-elle rappelé. La députée de Saint-Laurent est l'un des seuls à faire connaître son choix pour le chef intérimaire. Déjà elle appuie Christine St-Pierre comme cheffe intérimaire. « Pour la première fois, une femme dirigerait le PLQ, c'est aussi la première fois qu'on a autant d'élues », a-t-elle souligné.

Pour Nicole Ménard, élue dans Laporte, « les Québécois nous ont donné un signal qu'il faut respecter ». Véronyque Tremblay, battue dans Chauveau, ne croit pas que des questions locales comme le « troisième lien » aient pu faire pencher la balance. « Si cela avait été une vague uniquement dans la région, peut-être... mais ç'a été un raz-de-marée dans l'ensemble du Québec », a-t-elle rappelé.




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