Les étincelles ont fusé au troisième débat de la campagne à la direction du Parti québécois, jeudi soir. Un Bernard Drainville résolument porté sur l'offensive a eu des échanges acerbes avec ses rivaux et laissé entendre que Pierre Karl Péladeau est un «mirage».

Martin Croteau LA PRESSE

« On a cette tentation de s'accrocher à l'idée de l'homme providentiel, a-t-il affirmé, une allusion évidente à M. Péladeau. Moi je pense que c'est un mirage. »

Le député de Marie-Victorin a donné le ton dès sa déclaration d'ouverture, promettant « d'aller au fond des choses » et d'obtenir « des réponses » de ses adversaires.

Il a eu un accrochage houleux avec le favori Pierre Karl Péladeau, à qui il a reproché de cacher sa stratégie référendaire.

« Ou bien tu n'as pas de plan, et c'est très inquiétant, ou bien tu ne veux pas nous le dévoiler, a-t-il asséné. Et évidemment, si jamais tu es élu, on va être pognés avec et on ne saura pas pourquoi on a voté. »

M. Drainville a été hué par certains militants dans la foule, mais applaudi par d'autres.

M. Péladeau n'a pas broché devant la charge de son adversaire. Il a affirmé que c'est son désir de se mettre au service du public qui l'a amené à se lancer en politique, et réitéré qu'il souhaite tenir un référendum sur l'indépendance, sans toutefois préciser si une telle consultation aurait lieu dans un premier mandat.

« Il faut le préparer, a-t-il affirmé. Nous avons trois ans et demi pour démontrer les avantages et les bénéfices de l'indépendance. Je vais m'y engager le lendemain de la course, c'est indéniable. »

Les échanges ont néanmoins permis d'en apprendre un peu plus sur les intentions de M. Péladeau. Il s'est engagé à rédiger une constitution du Québec d'ici les élections de 2018. Il a aussi proposé de « moderniser » le PQ afin d'en faire un parti plus attrayant pour les jeunes.

Il a proposé d'imposer des « amendes salées » à des entreprises qui s'immiscent dans le débat sur l'indépendance, citant l'exemple de la Sun Life, qui a déménagé son siège social à Toronto après l'élection du gouvernement péquiste de René Lévesque.  

Échanges acerbes

M. Drainville a également croisé le fer avec Alexandre Cloutier. Il a surpris la salle en demandant au député de Lac-Saint-Jean d'expliquer un travail qu'il a rédigé en 2003 lorsqu'il était à l'université, dans lequel il propose de tenir deux référendums sur l'indépendance.

« Bernard, tu fais référence à un travail universitaire », a lancé M. Cloutier.

Le député a souligné que M. Drainville a lui-même changé de position sur la stratégie référendaire, proposant d'abord de reporter la consultation à un deuxième mandat avant de se raviser.

Visiblement irrité au terme de la soirée, M. Cloutier a accusé son rival d'agir en « désespéré ».

Martine Ouellet a pour sa part critiqué la position de M. Péladeau, qui s'est montré réticent à taxer les banques et les entreprises de craintes qu'elles quittent le Québec.

« La taxe sur les banques, elle était là avant, et les banques ne sont pas parties. La taxe sur les entreprises était là et les entreprises ne sont pas parties, a-t-elle dit. Je pense qu'il faut arrêter ce chantage-là. »

Pierre Céré n'était pas en reste. Il a lui aussi jeté les gants avec Bernard Drainville, qualifiant de « show de boucane » sa proposition de reporter d'un an l'atteinte du déficit zéro.