Le ministre de l'Environnement Yves-François Blanchet s'apprête à envoyer une ordonnance pour forcer Reliance, une «entreprise bum», à nettoyer sa fuite de 1200 litres d'huile et son équipement contaminé aux BPC sur un terrain de Pointe-Claire. Et si elle déclare faillite, il prendra une hypothèque légale sur ses actifs.

Paul Journet LA PRESSE

L'avis préalable envoyé à l'entreprise arrive à échéance ce soir à minuit. «Mon niveau de confiance envers l'entreprise est proche du nul», a-t-il lancé mercredi au caucus  de présession du Parti québécois. Reliance avait déjà été sanctionnée pour des infractions similaires.

Le ministre s'apprête donc à passer à la prochaine étape pour fermer le site et forcer l'entreprise à nettoyer les lieux. Des amendes pourraient être émises. Une poursuite n'est pas non plus écartée.

Le ministre a dit comprendre «l'inquiétude» et partager la «colère» des citoyens.

Manque d'inspecteurs?

Le déversement a eu lieu le 26 mars. M. Blanchet soutient qu'il n'aurait pas pu agir plus rapidement.

Des inspecteurs ont visité les lieux la semaine suivante, le 5 avril. Cinq autres inspections ont suivi. Malgré leurs demandes, des huiles contenant des BPC restaient sur le site. Une mise en demeure a été envoyée le 13 juin. Depuis, le ministère a envoyé trois avis de non-conformité et un avis préalable, qui arrive à échéance ce soir.

Aurait-on pu agir plus rapidement? M. Blanchet croit que non. Il affirme qu'il devait suivre le protocole du ministère pour ce genre de cas. «Si l'entreprise avait réagi (aux avis et demandes du ministère), c'eut été plus court», a ajouté son collègue Jean-François Lisée, ministre de la Métropole.

Mais le protocole d'intervention du ministère devrait-il être modifié pour pouvoir intervenir plus rapidement? «J'ouvre ce front de réflexion», a répondu M. Blanchet.

Il se questionne aussi sur les ressources dont dispose son ministère, comme le nombre d'inspecteurs.

«Si une compagnie a pu se faufiler à travers les mailles

Il y a un resserrement à étudier sur les mesures et les ressources dont on dispose», note-t-il. Il ne fait toutefois pas de lien en ce moment entre les ressources et l'incident à Pointe-Claire.

Reliance ne détenait pas le permis requis de Québec pour entreposer

des BPC (binéphyles polychlorés). Elle n'apparaissait  pas dans les registres du ministère et était donc plus difficile à identifier, a-t-il noté.

Nouveau risque de sécurité

Le site présente un risque important pour l'environnement et aussi la santé de la population. En cas d'incendie, les émanations seraient toxiques et cancérigènes.

Conjointement avec la Direction de la santé publique, le ministère de l'Environnement avait décidé qu'il n'était pas nécessaire d'alerter la population après le déversement. Le ministre Blanchet menait les démarches pour gérer les risques environnementaux, mais pais pour la sécurité publique, «il n'y avait pas de danger immédiat», dit-il.

D'autres médias ont révélé l'existence du déversement toxique cette semaine. «Cela a ajouté une contrainte de sécurité nouvelle», a indiqué M. Blanchet. Un illuminé pourrait vouloir mettre le feu au site. On l'a donc depuis sécurisé.

Il assure que ce n'est pas à cause des révélations des journalistes qu'il s'apprête à durcir le ton et envoyer une ordonnance à l'entreprise. Il était déjà prévu que l'échéance de l'avis préalable se terminait ce soir, et qu'il devrait ensuite passer à la prochaine étape.  «C'est purement circonstanciel.»