(Ottawa) François Legault veut davantage que le maintien de 78 sièges québécois aux Communes. Il réclame maintenant, tout comme le fait le Bloc québécois, le maintien du poids du Québec à Ottawa.

Lina Dib La Presse Canadienne

« C’est un test pour Justin Trudeau », a lancé M. Legault, de passage à L’Assomption, vendredi.

« Nous, ce qu’on demande à M. Trudeau, c’est de préserver le poids en pourcentage du Québec dans le nombre de députés québécois à Ottawa », a-t-il précisé.

Mardi, sa ministre Sonia LeBel s’était contentée de dénoncer la perte possible d’un siège fédéral. Une position qualifiée de « timide » par le chef bloquiste Yves-François Blanchet, vendredi matin.

« Ça ne suffit pas là de dire qu’on n’est pas d’accord pour se faire piquer un siège. On veut plus que ça. On veut beaucoup plus que ça. On a le droit à une certaine gourmandise légitime en matière de poids », a insisté le chef du Bloc québécois, dans un point de presse à Ottawa, vendredi matin.

Quelques heures plus tard, les discours bloquiste et caquiste s’étaient rejoints.

À partir du moment où on dit la nation québécoise est un des deux peuples fondateurs, ben, faut que ça ait des conséquences. Et la conséquence, entre autres, c’est de préserver le poids de la nation québécoise à la Chambre des communes.

François Legault, premier ministre du Québec

« Ces gens-là qui ont senti l’obligation, dans un contexte minoritaire, de voter la motion sur la nation et de faire des déclarations d’amour assorties de boîtes de chocolats et de bouquets de fleurs pour le Québec, ne pourront pas, le lendemain d’une élection dans un autre […] Parlement minoritaire ne pas être sensibles au fait que le Québec n’acceptera pas un repli de son poids relatif », avait déclaré quelques heures plus tôt M. Blanchet.

Élections Canada propose de passer à 342 sièges de députés en 2024 ; et dans ses calculs qui tiennent compte de la démographie du pays, le Québec perdrait un siège.

M. Blanchet a calculé que si on ajoutait quatre sièges aux 338 existants, un des nouveaux sièges devrait être attribué au Québec afin de maintenir le poids du Québec à Ottawa. Le Québec devrait, selon lui, passer de 78 à 79 sièges.

M. Blanchet « sollicite expressément l’appui de M. O’Toole, de M. Trudeau et de M. Singh » pour une « clause nation » qui serait insérée dans l’éventuelle loi fédérale nécessaire pour confirmer la prochaine version de la carte électorale.

Jeudi, le premier ministre Justin Trudeau s’est contenté de dire qu’il étudie la proposition d’Élections Canada, et qu’il entend « clairement » les préoccupations exprimées jusqu’à maintenant.

« Je souligne que c’est une proposition indépendante d’Élections Canada et ce n’est pas une proposition du gouvernement », avait-il également souligné.

Vendredi, Jagmeet Singh critiquait le premier ministre et se rangeait dans le camp du chef bloquiste.

« Nous sommes d’accord, la réponse de Justin Trudeau était timide hier. La question c’est : est-ce qu’il va se tenir debout pour maintenir le poids du Québec ou non ? Nous au NPD, on est clair, on va se battre pour ne pas que ça se passe. Réduire la représentation du Québec au parlement, c’est non ! », a déclaré le chef du Nouveau Parti démocratique, dans un courriel.

Selon M. Singh, la reconnaissance de la nation ne peut pas être « juste symbolique ». « Il faut qu’on s’assure que le poids du Québec ne soit pas menacé lors de redécoupage », a-t-il écrit.

Au Parti conservateur, on a fait suivre, par courriel, une déclaration du député Gérard Deltell. « Nous déplorons la perte d’un siège dans l’annonce d’Élections Canada. Le Québec doit conserver son nombre de sièges actuel. Nous allons continuer à suivre ce dossier de près », a dit le député québécois.

En 2011, lorsque le gouvernement conservateur de Stephen Harper a voulu augmenter le nombre de sièges à Ottawa, il avait prévu maintenir à 75 le nombre de députés québécois. Libéraux, bloquistes et néo-démocrates s’y étaient opposés.

Le gouvernement Harper a fini par céder trois sièges supplémentaires au Québec sur les 30 nouveaux sièges.

Cela n’a pas empêché le poids du Québec de diminuer aux Communes ; de 24,35 % des sièges en 2011, il est passé à 23,28 %. Les changements proposés par Élections Canada le feraient diminuer à 22,51 % en 2024.