(Québec) Pour la première fois en près de 15 ans, la capitale nationale s’apprête à élire un maire dont le prénom n’est pas « Régis », un exercice qui a commencé sans réel coup d’éclat, mais où rien n’est encore joué.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

« Depuis 2007, c’est Régis qui est en place. À Québec, on ne sait plus faire une campagne qui n’est pas un référendum sur Régis Labeaume », note avec une pointe d’humour Philippe Dubois, doctorant en science politique et chercheur à l’Université Laval.

C’est pourtant l’exercice auquel devront se livrer les habitants de la capitale le 7 novembre prochain : choisir un successeur au maire fort en gueule qui en est venu à définir sa ville.

« Même s’il est encore tôt, on n’a pas l’impression que la campagne lève beaucoup », remarque quant à lui Thierry Giasson, chercheur principal au Groupe de recherche en communication politique de l’Université Laval.

« Il n’y a plus Régis Labeaume. Il y a un vacuum Labeaume en ce moment à Québec. Quinze ans, ça marque la vie politique d’une ville comme Québec. »

Cinq dans la course

Pendant des mois, les médias de la capitale ont spéculé sur les candidats vedettes qui allaient certainement se lancer dans la mêlée. Sam Hamad ? Agnès Maltais ? Dominique Brown, de Chocolats Favoris ? Daniel Gélinas ? Mais aucun n’a fait le saut.

Cinq principaux candidats sont donc sur la ligne de départ. Marie-Josée Savard, vice-présidente du comité exécutif, a reçu l’appui du maire et de plusieurs des conseillers sortants. Elle est la favorite pour l’emporter, selon le dernier coup de sonde, qui date déjà de plusieurs mois.

Option de la continuité, porteuse du projet de tramway, c’est dans la forme que la candidate rompt avec le maire sortant.

Clairement, Madame Savard n’a pas la même personnalité que Régis Labeaume. C’est une femme discrète, peut-être trop. Il va peut-être falloir la mettre de l’avant d’ici la fin [de la campagne].

Thierry Giasson, chercheur principal au Groupe de recherche en communication politique de l’Université Laval

Après avoir annoncé vendredi qu’elle mettait sa campagne sur pause quelques jours, à cause d’un deuil dans sa famille, la candidate a repris ses activités lundi.

YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL

Jean-Francois Gosselin, chef de Québec 21

Est-ce l’absence du bagarreur Labeaume ? Toujours est-il que même le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin, semble adopter un ton plus conciliant. Le chef de l’opposition officielle veut jeter aux oubliettes le tramway, et clame pouvoir réaliser un métro avec la même enveloppe budgétaire de 3,3 milliards.

« Il veut faire sa campagne sur le transport, mais en même temps, il doit montrer qu’il n’est pas juste le gars d’un seul projet, d’un projet de métro qui peine à recevoir des appuis externes », juge Philippe Dubois.

« On s’attendait à ce qu’il soit M. Métro, mais pour l’instant, c’est un peu tranquille. »

La surprise Marchand

La surprise de cette campagne jusqu’à maintenant est Bruno Marchand, estime Thierry Giasson. La campagne de son parti, Québec forte et fière, reçoit beaucoup d’attention médiatique.

Une simple recension faite par l’auteur de ces lignes constate que le nom de Bruno Marchand est celui qui est apparu dans le plus d’articles en septembre dans les pages du Journal de Québec et du Soleil (dans 50 articles, contre 49 pour Mme Savard et 44 pour M. Gosselin).

PHOTO PASCAL RATTHE, ARCHIVES LE SOLEIL

Bruno Marchand, chef du parti Québec forte et fière

« M. Marchand semble remporter le match médiatique. Si j’étais M. Gosselin ou Mme Savard, je les observerais avec un peu de circonspection et je dirais : ‟Allez, faut y aller” », avertit Thierry Giasson.

L’ex-PDG de Centraide a toutefois récemment commis une bourde. Dans un point de presse sur le tramway – qu’il appuie, mais veut bonifier –, M. Marchand a laissé entendre qu’il pourrait mettre en place une taxe spéciale pour les propriétaires le long du tracé.

Le lendemain, il reculait, assurant s’être mal exprimé (il propose plutôt une redevance pour les promoteurs immobiliers qui voudront faire de nouveaux projets près du tramway, comme avec le REM à Montréal).

Bruno Marchand laisse transparaître beaucoup de faiblesses. Notamment parce que c’est quelqu’un qui réfléchit à voix haute. Ça, ça peut faire dérailler une campagne.

Philippe Dubois, doctorant en science politique et chercheur à l’Université Laval

« Il aura intérêt à recentrer son message. Là, il peut se permettre d’échapper le ballon un peu parce que c’est le début, mais plus la campagne va avancer, plus ça pourrait lui jouer des tours. »

Premier débat ce mardi

Les deux observateurs de la joute politique à Québec attendent avec impatience les débats. Le premier, organisé par la Chambre de commerce et diffusé par TVA, aura lieu mardi en fin de journée. Le débat de Radio-Canada se tiendra le 20 octobre.

« Si des sondages nous montrent que c’est serré, peut-être qu’on va voir une campagne un peu plus animée, un peu plus émotive aussi », note Thierry Giasson.

Un sondage Léger dévoilé en juin annonçait une course à trois, entre Marie-Josée Savard (29 %), Jean-François Gosselin (18 %) et Bruno Marchand (13 %).

Jean Rousseau, de Démocratie Québec, et Jackie Smith, de Transition Québec, mènent aussi une campagne très active. Le débat du 5 octobre sera leur chance de briller.