(Ottawa) Le recours massif au vote postal que certains observateurs prévoyaient pour participer aux élections fédérales du 20 septembre prochain au Canada ne s’est pas matérialisé jusqu’à maintenant.

Joan Bryden La Presse Canadienne

Lundi soir, Élections Canada avait transmis 298 040 trousses de bulletins spéciaux permettant de voter par la poste. Il s’agit d’un nombre six fois supérieur aux quelque 50 000 bulletins spéciaux utilisés lors du scrutin de 2019, mais largement inférieur aux deux à cinq millions de trousses qu’Élections Canada se préparait à expédier aux électeurs canadiens qui en feraient la demande pendant la pandémie de COVID-19.

Les Canadiens ont jusqu’au 14 septembre pour commander une trousse permettant le vote postal. Il est donc possible que le nombre de demandes augmente grandement au cours des deux prochaines semaines.

« L’important pour nous est d’être prêts. Nous nous sommes préparés pour une forte demande afin d’être en mesure d’y répondre », selon un porte-paroles d’Élections Canada, Matthew McKenna.

« Nous croyons encore que le vote en personne, par anticipation ou au jour du scrutin, demeure la façon la plus simple et efficace de voter, et nous prévoyons que la plupart des Canadiens choisiront cette option. »

Parmi les 298 040 bulletins spéciaux qui avaient été émis lundi soir, 239 193 avaient été transmis à des électeurs qui résident au Canada et qui envisagent de voter dans leur circonscription, soit par la poste ou à leur bureau local d’Élections Canada. De ce nombre, 32 584 avaient déjà été retournés, mais Élections Canada n’a pas été en mesure de préciser combien ont été mis à la poste ou déposés à ses bureaux.

D’autre part, 16 732 bulletins spéciaux ont été envoyés à des électeurs qui sont au Canada, mais à l’extérieur de leur circonscription. Lundi, aucun de ces bulletins n’avait été retourné ; il en était de même pour les 42 115 bulletins spéciaux postés à des Canadiens qui vivent à l’extérieur du Canada en ce moment.

En théorie, un vote massif à l’avance pourrait jouer un rôle dans le dénouement des élections générales. Par exemple, si des millions de Canadiens votaient avant le 20 septembre, les partis politiques ne pourraient profiter d’un soudain regain de popularité en fin de campagne.

Certains partis politiques ont d’ailleurs ajusté leurs stratégies de campagne en fonction d’un possible vote important par anticipation ou par la poste.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a dévoilé son programme électoral quelques jours avant le déclenchement de la campagne afin que les électeurs voulant voter tôt en soient bien informés. Le NPD a d’ailleurs développé un site web destiné à aider les électeurs qui le souhaitent à voter par la poste.

Le Parti conservateur (PCC) a dévoilé le sien au jour du déclenchement des élections, alors que le Parti libéral (PLC) a choisi de publier le sien à la mi-campagne.

La politologue Cristine de Clercy, de l’Université Western en Ontario, estime qu’il est plus opportun qu’avant pour les partis d’encourager leurs électeurs décidés à voter tôt. Elle explique que l’imprévisibilité de la pandémie de COVID-19 pourrait inciter des électeurs, même décidés, à ne pas se présenter aux urnes le 20 septembre.

Pour sa part, le politologue Richard Johnston de l’Université de la Colombie-Britannique, doute que le vote postal soit considérable, parce qu’environ 75 % de la population a été doublement vaccinée contre le coronavirus, ce qui amenuise les craintes pour leur santé de voter en personne.

En raison de la pandémie, Élections Canada n’offrira pas cette année aux étudiants la possibilité de pouvoir voter sur leur campus collégial ou universitaire pour l’un ou l’autre des candidats de leur circonscription. Cristine de Clercy doute toutefois que le vote postal attire un grand nombre de jeunes électeurs.

À son avis, le profil de l’électeur postal moyen sera une personne plutôt âgée, instruite et disposant d’un revenu élevé. Mme de Clercy s’inquiète donc que certaines catégories d’électeurs ne votent pas, ce qui est préoccupant pour la démocratie.