(Ottawa) Le député du Bloc québécois Sébastien Lemire a admis à la Chambre des communes être celui qui a pris la photo du député libéral de Pontiac William Amos dans son plus simple appareil la semaine dernière.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Dans une déclaration qu’il a lue après la période de questions, mercredi, M. Lemire a présenté ses excuses au député libéral et à l’ensemble des élus des Communes pour avoir enfreint les règles.

« Je tiens aujourd’hui à présenter mes excuses à la Chambre pour avoir enfreint le règlement en prenant une photographie d’un collègue lors de la période de questions du 14 avril dernier. J’ai tenu personnellement à lui présenter mes excuses. Mais je tiens néanmoins à les réitérer publiquement à lui personnellement, à sa famille, aux collègues et à toute personne que j’ai pu offenser », a dit M. Lemire.

« Je tiens à vous dire en terminant que je n’ai aucune idée comment cette photo a pu se retrouver dans les médias et que dans les circonstances ce sera le seul commentaire que je ferai », a ajouté le député bloquiste d’Abitibi-Témiscamingue.

Cette affaire a suscité de vives réactions dans les rangs libéraux et la photo de M. Amos flambant nu a fait le tour de la planète.

Le leader du gouvernement, Pablo Rodriguez, a demandé la semaine dernière au président de la Chambre des communes d’enquêter sur la fuite de la photo où l’on voit le député libéral, nu devant la caméra, lors d’une séance virtuelle du Parlement.

M. Rodriguez a soutenu que l’incident impliquant William Amos était une affaire mesquine et avait « changé la vie » du député de Pontiac. Il a aussi suggéré que le partage de cette photo pourrait « très bien » constituer un geste de nature criminelle.

Après l’incident, le whip en chef du gouvernement, Mark Holland, avait laissé planer des soupçons selon lesquels un député du Parti conservateur pourrait en être responsable. « Immédiatement après l’évènement, j’ai reçu des communications des whips du Bloc et du NPD. Ils ont tous deux exprimé leur sympathie et ont expliqué de manière convaincante que cette violation de la vie privée de ne s’était pas produite de la part de leurs bureaux », avait-il affirmé dans un communiqué.

En septembre dernier, le président de la Chambre avait rappelé aux députés en séance virtuelle qu’il était interdit de prendre des captures d’écran, tout comme il était interdit « à l’époque » aux députés de prendre des photos en Chambre. Une photo est une photo, rappelait M. Rota, d’autant plus si elle est publiée en ligne.

Le député William Amos a dit trouver regrettable que quelqu’un ait partagé sans son consentement une photo sur laquelle il changeait ses vêtements et a dit s’attendre à ce que « le président de la Chambre des communes mène une enquête approfondie ».

M. Amos a écrit un message sur Facebook jeudi dernier dans lequel il indique également qu’il ne permettra pas « que ces circonstances soient une distraction pour mon travail pour mes commettants de Pontiac et notre pays », en précisant que « les dernières 24 heures n’ont certes pas été évidentes sur les plans professionnel et personnel ».

Lors des séances virtuelles de la Chambre, seuls ceux qui prennent la parole apparaissent sur la page publique. Par conséquent, les collègues de M. Amos pouvaient le voir devant la caméra, mais le député n’apparaissait pas sur l’écran principal. C’est pourquoi les Canadiens qui assistaient à la période de questions mercredi dernier n’ont rien vu de la scène.

Il se changeait après son jogging

La whip du Bloc québécois, Claude DeBellefeuille, s’en est plainte à la présidence immédiatement après la période de questions, mercredi dernier, sans nommer le collègue. Elle a rappelé que le président de la Chambre avait répété à de nombreuses reprises, depuis le début de la pandémie, « l’importance de respecter le décorum et le code vestimentaire ».

« Je pense qu’aujourd’hui, on a battu un record, puisque lors de la période des questions orales, on a pu voir un député dans son plus simple habit, c’est‑à‑dire nu, a indiqué la députée de Salaberry-Suroît dans un rappel au règlement. Il faut peut-être rappeler aux députés, surtout masculins, que la cravate et le veston sont obligatoires, mais aussi le chemisier, le caleçon ou le pantalon. « 

En plaidant pour une enquête, jeudi dernier, le leader du gouvernement en Chambre Pablo Rodriguez a déploré l’impact de ce « manque de respect insensé » sur la famille et les amis de M. Amos.

« Ont-ils pensé à la famille (du député), à ses enfants, ses amis, et au fait qu’internet est éternel ? Sommes-nous vraiment rendus, dans notre vie politique, au point où il serait maintenant acceptable d’essayer de détruire la réputation et d’humilier un collègue parce que quelqu’un trouve comique une malheureuse erreur involontaire ?, a demandé M. Rodriguez. Si c’est le cas, notre vie politique a pris une tournure bien sombre et destructrice. »

Avec La Presse Canadienne