(Ottawa) Le député William Amos trouve regrettable que quelqu’un ait partagé sans son consentement une photo sur laquelle il changeait ses vêtements et s’attend à ce que « le président de la Chambre des communes mène une enquête approfondie ».

La Presse Canadienne

Le député de Pontiac, au Québec, à écrit un message sur Facebook jeudi dans lequel il indique également qu’il ne permettra pas « que ces circonstances soient une distraction pour mon travail pour mes commettants de Pontiac et notre pays », en précisant que « les dernières 24 heures n’ont certes pas été évidentes sur les plans professionnel et personnel ».

Le leader du gouvernement demande au président de la Chambre des communes d’enquêter sur la fuite de la photo où l’on voit le député libéral, nu devant la caméra, lors d’une séance virtuelle du Parlement mercredi.

Pablo Rodriguez a soutenu jeudi que l’incident impliquant William Amos était une affaire mesquine et avait « changé la vie » du député de Pontiac. Il a aussi suggéré que le partage de cette photo pourrait « très bien » constituer un geste de nature criminelle.

M. Rodriguez a demandé au président de la Chambre, Anthony Rota, d’ouvrir dès maintenant une enquête pour savoir qui avait réalisé la capture d’écran controversée, afin que la Chambre des communes puisse ensuite décider de la suite des choses. M. Rota a indiqué qu’il prenait la requête en délibéré et ferait rapport à la Chambre.

En septembre dernier, le président de la Chambre avait rappelé aux députés en séance virtuelle qu’il était interdit de prendre des captures d’écran, tout comme il était interdit « à l’époque » aux députés de prendre des photos en Chambre. Une photo est une photo, rappelait M. Rota, d’autant plus si elle est publiée en ligne.

Une capture d’écran, obtenue par La Presse Canadienne, a montré M. Amos debout, nu comme un ver près d’un bureau, entre les drapeaux québécois et canadien, avec ce qui semble être un téléphone portable couvrant ses parties intimes, pendant la période — virtuelle — de questions aux Communes mercredi.

Lors des séances virtuelles de la Chambre, seuls ceux qui prennent la parole apparaissent sur la page publique. Par conséquent, les collègues de M. Amos pouvaient le voir devant la caméra, mais le député n’apparaissait pas sur l’écran principal. C’est pourquoi les Canadiens qui assistaient à la période de questions mercredi n’ont rien vu de la scène.

Il se changeait après son jogging

La whip du Bloc québécois, Claude DeBellefeuille, s’en est plainte à la présidence immédiatement après la période de questions, mercredi, sans nommer le collègue. Elle a rappelé que le président de la Chambre avait répété à de nombreuses reprises, depuis le début de la pandémie, « l’importance de respecter le décorum et le code vestimentaire ».

« Je pense qu’aujourd’hui, on a battu un record, puisque lors de la période des questions orales, on a pu voir un député dans son plus simple habit, c’est‑à‑dire nu, a indiqué la députée de Salaberry-Suroît dans un rappel au règlement. Il faut peut‑être rappeler aux députés, surtout masculins, que la cravate et le veston sont obligatoires, mais aussi le chemisier, le caleçon ou le pantalon.

« C’est un petit rappel à l’ordre : on a vu que le député est en grande forme physique, mais je pense qu’il faut rappeler au député de faire attention et de bien contrôler sa caméra », ajoutait Mme DeBellefeuille.

Dans une publication sur sa page Twitter, mercredi soir, le député Amos a expliqué qu’il n’avait pas réalisé que sa caméra était allumée en se changeant après son jogging. « Je m’excuse sincèrement auprès de mes collègues de la Chambre des communes pour cette distraction involontaire. De toute évidence, c’était une erreur honnête et cela ne se reproduira pas. Nous n’avons pas besoin de telles distractions durant cette pandémie ! », concluait mercredi soir le député de Pontiac, qui est secrétaire parlementaire du ministre de l’Industrie, François-Philippe Champagne.

Un « manque de respect insensé »

Jeudi matin, le leader du gouvernement en Chambre a ouvert les travaux en fustigeant la personne — inconnue — qui avait remis aux médias la capture d’écran. Pablo Rodriguez déplore l’impact de ce « manque de respect insensé » sur la famille et les amis de M. Amos.

« Ont-ils pensé à la famille (du député), à ses enfants, ses amis, et au fait qu’internet est éternel ? Sommes-nous vraiment rendus, dans notre vie politique, au point où il serait maintenant acceptable d’essayer de détruire la réputation et d’humilier un collègue parce que quelqu’un trouve comique une malheureuse erreur involontaire ?, a demandé M. Rodriguez. Si c’est le cas, notre vie politique a pris une tournure bien sombre et destructrice. »

Le whip en chef du gouvernement, Mark Holland, a rappelé jeudi que « le flux vidéo était privé et non visible par le public », et que « seuls les députés ou un très petit nombre de membres du personnel » y auraient eu accès.

« Il est interdit de partager des vidéos ou des images de toute partie non publique des travaux parlementaires, a-t-il soutenu dans un communiqué jeudi. Malgré ce fait, quelqu’un parmi ce petit groupe a partagé l’image qui fait maintenant le tour des réseaux sociaux. »

M. Holland affirme que les whips du Bloc et du NPD ont tous deux indiqué « de manière convaincante » que cette « violation de la vie privée » ne venait pas de leur camp. « Nous devons savoir qui est responsable de la fuite d’images non consensuelles provenant d’un flux vidéo privé.

« Ceci n’entre pas dans le cadre d’une politique partisane normale ou acceptable. Il s’agit d’un acte cruel, mesquin et potentiellement criminel. Nous demandons l’aide de tous les parlementaires pour trouver les responsables et les obliger à rendre des comptes. Ce que le député de Pontiac et sa famille ont subi ne devrait jamais se reproduire », conclut le whip libéral.

La ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand, a elle aussi exprimé sa préoccupation concernant le partage de la photo, jeudi, lors d’un évènement auquel M. Amos devait participer. La ministre Anand a expliqué que le député « avait pris une journée » de repos et elle a rappelé qu’il s’était excusé auprès de ses collègues.