(Québec) Les femmes sont les grandes perdantes de la pandémie et il est grand temps que le premier ministre François Legault en prenne conscience pour enfin agir en conséquence, plaide la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade.

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne

En entrevue à La Presse Canadienne, à l’approche de la Journée internationale des femmes, le 8 mars, la cheffe libérale a tiré la sonnette d’alarme, estimant qu’après un an de pandémie le gouvernement devait prendre acte de la situation et intervenir sur plusieurs plans.

En substance, elle reproche au gouvernement Legault son manque de sensibilité, de préoccupation réelle pour le sort réservé aux femmes, « frappées de plein fouet » par la pandémie depuis un an.

Le gouvernement ne saisit pas l’impact réel de la crise sur les femmes.

Dominique Anglade, cheffe de l’opposition officielle

Le nécessaire coup de barre devrait, selon elle, entraîner à court terme une série de correctifs, incluant la création de milliers de places en garderie, l’attribution de contrats publics aux femmes entrepreneures et l’implantation d’une analyse systématique de l’impact des projets de loi sur les femmes.

À tous points de vue, dans toutes les sphères d’activités, ce sont elles, bien plus que les hommes, qui ont subi le contrecoup de cette année folle marquée par une crise sanitaire sans précédent, sans que jamais le gouvernement s’assure de tenir compte de cette réalité implacable, selon elle.

Elle réclame donc du gouvernement « une véritable prise de conscience sur ce que ça signifie » sur le terrain, accompagnée de gestes concrets et surtout pas des « changements cosmétiques ».

Ce que la crise a révélé, c’est que les femmes ont été touchées, affectées, trois fois plutôt qu’une.

Dominique Anglade, cheffe de l’opposition officielle

Elle note par exemple que depuis le début de la pandémie les premiers secteurs touchés par des pertes d’emplois massives (hôtellerie, restauration, hébergement, culture), ont été des domaines où la présence des femmes était prépondérante.

En parallèle, ajoute-t-elle, dans les secteurs qui ont continué à fonctionner (la santé et l’éducation), on a retrouvé une majorité de femmes au front, devant composer avec des conditions de travail difficiles.

En plus, elle s’interroge à savoir combien de femmes ont dû mettre leur carrière en veilleuse ces derniers mois, faute de places pour faire garder leurs enfants. Le gouvernement a échoué à créer les milliers de places promises en 2018. Dès lors, ce dossier doit absolument devenir une priorité du gouvernement, dit-elle, pour permettre aux femmes de retourner sur le marché du travail.

Le gouvernement doit aussi développer, selon cette ancienne ministre de l’Économie, une préoccupation pour les femmes entrepreneures. Il doit se demander « quelle place faire à la propriété féminine », ce qui doit être prévu spécifiquement pour elles dans le plan de relance économique et dans l’octroi de contrats publics.

Plusieurs études publiées récemment en viennent toutes à la même conclusion : les entreprises dirigées par des femmes ont été les plus durement touchées par la pandémie de COVID-19 et mettent plus de temps à surmonter les revers financiers entraînés par la crise sanitaire.

Au moment de rédiger ses projets de loi, par ailleurs, le gouvernement devrait procéder, selon elle, à une analyse différenciée selon les sexes (ADS), ce qu’il ne fait pas actuellement. Cette grille d’analyse lui permettrait d’éviter que ses lois aient un impact différent, voire plus dommageable, sur les femmes.

Un exemple : le projet de loi 59, défendu par le ministre Jean Boulet, et portant sur une réforme de la santé et la sécurité au travail, s’est fait qualifier de « sexiste » par les syndicats et plusieurs groupes convaincus que des secteurs à prédominance féminine ne seront plus assujettis aux mécanismes de prévention actuels.

Même constat pour le projet de loi 84 sur l’indemnisation des victimes d’actes criminels. L’opposition a dénoncé le fait que quantité de femmes (étudiantes, femmes à la maison, victimes d’exploitation sexuelle dans le passé) ne pourraient pas se qualifier.

« Qui paye le prix de ça ? Encore une fois, ce sont les femmes ! », tonne Mme Anglade, qui écorche au passage la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, jugée trop silencieuse, trop discrète.

« On ne l’a pas entendue parler haut et fort de ces enjeux-là », déplore la cheffe de l’opposition officielle, qui perçoit chez la ministre Charest une absence de véritable « volonté d’agir » et de préoccupation réelle pour ces questions.