Nos correspondants parlementaires de Québec et d’Ottawa nous livrent un coup d’œil décontracté sur l’actualité de la dernière semaine.

David Santerre David Santerre
La Presse

Blague à la Jean Charest ?

Le premier ministre François Legault n’a-t-il pas appris des erreurs d’un certain Jean Charest ? Lundi, lors d’une annonce à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, à Montréal, M. Legault s’est permis une boutade à propos des barrages ferroviaires qui paralysent le pays depuis trois semaines, notamment à Kahnawake. « J’ai rencontré mon épouse, Isabelle, il y a 30 ans, dans un restaurant ici juste à côté du carré Saint-Louis », a-t-il raconté lors de son allocution, avant d’ajouter : « On avait fini la soirée, la nuit, dans le parc de l’autre bord jusqu’à ce que les policiers nous sortent. On était plus faciles à sortir que d’autres ! » Faut-il lui rappeler que les choses avaient plutôt mal tourné pour Jean Charest, qui, devant un parterre de gens d’affaires et en pleine crise étudiante, en 2012, s’était risqué à blaguer sur les manifestants ?

Touche pas à ma Pat’ Patrouille !

Bas les pattes, CBC ! Si Chase, Stella, Marcus et le reste de la bande de la Pat’ Patrouille ont comme mission secrète de faire de la propagande capitaliste, c’est tant mieux, a aboyé le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer. Alors que le pays était aux prises avec un blocus et un coronavirus, le politicien s’est fendu d’une vidéo pour s’insurger contre le texte « L’émission Pat’ Patrouille encourage-t-elle nos enfants à adopter le capitalisme ? », dans lequel CBC donne la parole à un universitaire qui étaye cette thèse. « Parfois, une émission pour enfants n’est qu’une émission pour enfants. Il n’est pas nécessaire de tout analyser dans une optique de justice sociale », peste-t-il dans la vidéo diffusée dimanche dernier sur les réseaux sociaux. Invitant la société d’État à « laisser de côté ses préjugés de gauche » étant donné que « le socialisme détruit les richesses », le chef par intérim proclame dans la vidéo son amour pour le système économique dans lequel on évolue, ainsi que pour les courageux personnages canins qui en font la promotion : « Je lève mon verre à la Pat’ Patrouille et au capitalisme. »

Le conseil du président

On s’est abondamment crié par la tête cette semaine à la Chambre des communes, si bien que le président, Anthony Rota, a dû aller puiser dans son lexique franco-ontarien pour tenter de calmer le jeu. « Dans le nord de l’Ontario, nous avons une expression qui est très commune : s’attirer des bosses », est-il intervenu alors que des cris s’élevaient du côté des banquettes conservatrices. « S’attirer des bosses veut dire faire des choses qui ont des conséquences indésirables. Je vais laisser les députés réfléchir à cela », a ajouté l’arbitre des débats. L’ire de l’opposition a été provoquée par une pique lancée par une élue libérale qui venait de dire qu’un parc national néo-écossais était « menacé par une étrange espèce envahissante », mais que non, il ne « s’agi[ssait] pas des conservateurs ». Personne n’a été blessé, mais on ne s’est pas non plus vraiment calmé. Le lendemain, soit mardi, M. Rota a dû se lever pour rappeler les députés à l’ordre 12 petites secondes après le début de la période des questions.

La déclaration de la semaine

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a interpellé le premier ministre de façon plutôt colorée cette semaine pendant la période des questions en Chambre. « Monsieur le Président, à Kahnawake, Lennoxville, Restigouche, Kanesatake et Saint-Lambert, il y a quelques jours, sans compter un paquet d’endroits au Canada, est-ce que le gouvernement peut considérer autre chose que ce qui a mené à l’échec ? Est-ce qu’on peut demander une suspension temporaire des interventions policières ? Est-ce que le premier ministre peut mettre son popotin ministériel dans un avion, aller en Colombie-Britannique avec les ministres et régler cela par la négociation, s’il vous plaît ? », a-t-il balancé. Peine perdue : le popotin en question est finalement resté à Ottawa.