(QUÉBEC) Pour ramener des militants au Parti libéral du Québec (PLQ), il faut leur donner plus de pouvoir, y compris dans le choix des candidats aux élections, soutient l’aspirante chef Dominique Anglade.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Si elle prend les rênes du parti, elle s’engage à tenir des investitures ouvertes, à quelques exceptions près. En clair, il y aurait moins de candidats choisis et imposés par le chef.

Dans une entrevue accordée à La Presse, Dominique Anglade reconnaît qu’« il y a beaucoup de changements à faire à l’intérieur du parti » afin qu’il remonte la pente. La Presse révélait la semaine dernière que le PLQ avait atteint un creux historique de 20 000 membres en règle.

Elle ne se met pas la tête dans le sable en se disant que cette situation s’explique simplement par une baisse généralisée de l’intérêt pour le militantisme politique. Le PLQ a sa part de responsabilité dans cette désaffection, selon la députée de Saint-Henri–Sainte-Anne.

« Ce sont les militants qui assurent la survie d’un parti, et je veux que les militants soient engagés dans la transformation du parti, dit-elle. Il faut, comme parti, qu’on soit capables non seulement de les écouter, mais de s’assurer qu’ils aient un sentiment d’impact. » 

Si les gens viennent et que tu ne les écoutes pas, qu’ils n’ont pas l’impression de contribuer, ils vont partir, et ça, ça fait partie de ce qui est arrivé au Parti libéral du Québec.

Dominique Anglade

Elle promet ainsi de « redonner le pouvoir aux membres ». Ils doivent avoir « l’opportunité de choisir les gens qui vont les représenter, bien sûr le chef, mais aussi les candidatures. Donc des investitures ouvertes, avec des exceptions », affirme-t-elle.

Quelles exceptions ? « Il faut s’assurer d’avoir des considérations d’ordre stratégique et démographique. On veut un équilibre hommes-femmes, un équilibre de jeunes et de personnes qui ont plus d’expérience. Mais de manière générale, on veut des investitures ouvertes. »

Dans la constitution actuelle du PLQ, on prévoit la tenue d’une assemblée générale pour le choix d’un candidat, mais on précise que, « pour des motifs importants ou en cas d’urgence, le chef du Parti peut lui-même désigner le candidat ». Dans les faits, c’est plutôt le chef qui impose son choix. « Vous en avez vu beaucoup, des assemblées d’investiture ouvertes au Parti libéral ? », lance Mme Anglade. Mais sous sa gouverne, « dans la grande majorité des cas », il y aura investiture ouverte.

En 2018, la sélection des candidats avait tourné à la controverse alors que le chef Philippe Couillard avait chassé François Ouimet, député depuis 24 ans, afin d’imposer son candidat, Enrico Ciccone. La manœuvre avait provoqué la colère des membres de l’association libérale de Marquette.

Les investitures ouvertes comportent une part de risque, comme on a pu le voir dans le passé au Parti libéral du Canada, dont les membres ont parfois rejeté le choix du chef. Mais pour Dominique Anglade, « c’est bon, c’est sain pour la vie d’un parti » de donner du pouvoir aux militants. « C’est pour ça qu’on veut aller dans cette direction, et de façon plus systématique que ce qui a été fait dans le passé. »

Demande des jeunes libéraux

L’an dernier, les jeunes libéraux, qui détiennent le tiers des votes pour le choix du chef, ont demandé que le PLQ organise désormais des investitures ouvertes. Ils veulent également imposer ce test aux députés sortants s’ils n’ont pas suffisamment contribué à la vie militante du parti pendant leur mandat. Des critères seraient définis.

L’idée de soumettre au vote des députés sortants sous certaines conditions fait partie de la réflexion dans le clan Anglade, mais aucune décision n’a été arrêtée. La candidate compte sur l’appui de douze députés jusqu’ici, contre deux pour son adversaire Alexandre Cusson, qui lancera officiellement sa campagne dimanche.

Dominique Anglade est prête à permettre aux membres de « co-construire » la plateforme électorale. Elle compte également mettre sur pied un « mécanisme » de suivi des résolutions adoptées lors des conseils généraux afin qu’elles ne tombent pas dans l’oubli le lendemain de leur adoption. Elle veut aussi consulter davantage les membres en dehors des rassemblements militants, par internet.

Depuis sa défaite dans Jean-Talon, le PLQ n’a plus aucun député à l’est de l’île de Montréal. Dominique Anglade veut maintenir la présence du parti dans toutes les régions, en donnant « plus de moyens financiers » au niveau local pour assurer le recrutement de membres et tenir des activités. Elle entend créer une « université militante » afin de former les membres sur les moyens d’assurer l’animation du parti.

Dominique Anglade a déposé son bulletin de mise en candidature jeudi, au local du PLQ à Québec. Son bulletin compte 1360 signatures de membres – dont 580 nouveaux membres – provenant des 125 circonscriptions. Elle a dépassé les exigences prévues dans les règles de la course, à savoir la signature de 750 membres en règle, dont 250 nouveaux, provenant d’au moins 70 circonscriptions et de 12 régions.

Le nouveau chef sera connu lors du congrès à la direction des 30 et 31 mai, à Québec.