(Ottawa) Malgré les pressions du premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, et de l’ancien premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, l’ex-ministre du gouvernement Harper Rona Ambrose écarte l’idée de briguer la direction du Parti conservateur, selon plusieurs sources conservatrices.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Mme Ambrose, qui avait aussi assuré de façon intérimaire la direction du parti après la défaite des troupes de Stephen Harper aux mains des libéraux de Justin Trudeau aux élections d’octobre 2015, était considérée par certains conservateurs influents de l’ouest du pays comme la meilleure candidate pour ramener le Parti conservateur au pouvoir.

Progressiste sur les questions sociales telles que les droits acquis de la communauté LGBTQ et opposée à l’idée de rouvrir des dossiers controversés tels que celui de l’avortement, Mme Ambrose arrivait aussi en tête de liste dans les récents sondages ayant mesuré les appuis des candidats potentiels à la succession d’Andrew Scheer.

Malgré tout, elle préfère ne pas revenir en politique sur la scène fédérale. Des rumeurs persistantes veulent que le premier ministre Justin Trudeau jongle avec l’idée de la nommer au poste d’ambassadrice du Canada à Washington, l’un des postes les plus importants de la diplomatie canadienne.

« Même si son nom circule depuis quelques semaines, elle n’a fait aucun appel pour mettre sur pied une organisation. Elle ne sera pas candidate. Elle devrait confirmer ses intentions au cours des prochains jours », a confié mardi une source conservatrice bien au fait des intentions de Mme Ambrose.

Quatre principaux aspirants

Trois autres sources indépendantes ont aussi confirmé que Mme Ambrose ne sera pas sur les rangs. Sa connaissance inadéquate de la langue française aurait été un handicap majeur pour elle.

Résultat : sa décision de ne pas tenter sa chance fait poindre un scénario d’une course où les principaux candidats seront issus de l’est du pays, alors que le Parti conservateur demeure une formation politique dont les racines sont plus profondes dans les provinces de l’Ouest. Qui plus est, elle ouvre toute grande la porte à une bataille de titans entre l’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, l’ancien ministre de la Justice, Peter MacKay, et les députés conservateurs de l’Ontario Pierre Poilievre et Erin O’Toole pour prendre les commandes du parti.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Pierre Poilievre

Ces quatre principaux aspirants continuent de jauger leurs appuis, de multiplier les appels et de recruter des organisateurs dans les principales régions du pays avant de confirmer leurs intentions.

Parmi ce quatuor, Pierre Poilievre s’active à convaincre le plus grand nombre de députés conservateurs de l’appuyer avant de faire son annonce. Il s’est déjà assuré les services de John Baird, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Harper, qui sera président de sa campagne. D’anciens proches collaborateurs de Stephen Harper, Jenny Byrne et Kory Teneycke, sont dans son camp. Il a aussi « l’appui moral » de l’ex-premier ministre, indique-t-on.

Bilingue, M. Poilievre a rencontré plusieurs députés et sénateurs conservateurs du Québec au cours des dernières semaines, et il a fait « une bonne impression », soutient-on.

Pour sa part, l’ancien ministre Peter MacKay a la ferme intention de briguer la direction du parti, même si Jean Charest, son ancien leader alors qu’il dirigeait le Parti progressiste-conservateur dans les années 90 avant de faire le saut en politique provinciale au Québec, est sur les rangs. M. MacKay a aussi son directeur de campagne : l’ex-député conservateur de l’Ontario Alex Nuttall. Ce dernier, qui est reconnu pour ses talents d’organisateur en Ontario, n’était pas candidat au dernier scrutin.

Jean Charest devrait conclure sa réflexion cette semaine et pourrait même annoncer sa décision au début de la semaine prochaine, a-t-on indiqué. M. Charest aurait des appuis non négligeables dans les provinces de l’Ouest, notamment en Alberta. D’anciens ministres provinciaux qui ont fait partie du gouvernement qu’il a dirigé à Québec seraient prêts à mettre l’épaule à la roue, souligne-t-on.

En privé, M. Charest a toutefois reconnu qu’il lui serait plus facile de remporter la prochaine campagne électorale contre Justin Trudeau que de remporter la course à la direction du Parti conservateur – une illustration du défi qui l’attend s’il décide de tenter sa chance comme s’y attendent plusieurs conservateurs influents.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean Charest 

Quant au député conservateur de la région de Québec, Gérard Deltell, il est toujours en réflexion. Il doit rencontrer les membres de la direction de l’association de sa circonscription ce mercredi et pourrait faire le point sur ses intentions d’ici quelques jours.

Les règles de la course

La fin de semaine dernière, les hautes instances du Parti conservateur ont annoncé les règles encadrant la course au leadership. Ces règles plus contraignantes, qui comprennent des frais d’inscription non remboursables de 200 000 $ et l’obtention de 3000 signatures d’appui de la part des membres du parti, visent à limiter le nombre de candidatures.

À la suite du dévoilement de ces règles, l’homme d’affaires Bryan Brulotte, qui avait annoncé sa candidature la semaine dernière, s’est désisté. Il compte maintenant appuyer Peter MacKay. La députée ontarienne Marilyn Gladu, qui a déjà annoncé son intention de se présenter pour succéder à Andrew Scheer, pourrait être aussi contrainte de jeter l’éponge à cause des règles édictées par le parti.

Les candidats ont jusqu’au 27 février pour s’inscrire et auront jusqu’au 25 mars pour répondre aux exigences afin d’être entièrement approuvés. Les membres du parti éliront leur nouveau chef le 27 juin au cours d’un congrès à Toronto.

Scheer blâme le régime iranien

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Andrew Scheer 

Alors que le premier ministre Justin Trudeau a soutenu lundi que l’escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran a été un facteur qui a contribué à l’horrible tragédie qui a coûté la vie à 176 personnes, dont 57 Canadiens, qui se trouvaient à bord de l’avion de la compagnie Ukraine International Airlines, abattu par les forces armées iraniennes, le 8 janvier, le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, est d’un tout autre avis. Selon lui, il n’y a qu’un coupable dans cette tragédie. « Le régime iranien est le seul et unique responsable de cette atrocité horrible. Les conservateurs du Canada continueront de préconiser une réponse appropriée et mesurée pour faire en sorte que l’Iran soit tenu responsable et que justice soit rendue aux familles des victimes », a affirmé M. Scheer dans une série de gazouillis mardi.