(Québec) C’était l’an dernier : la réunion de 2020 du Conseil de la fédération était un élément important du plan de François Legault. Il devait présider la réunion de ses homologues provinciaux, à Québec, à mi-parcours de son mandat. Un évènement, à coup sûr, qui lui aurait procuré de la visibilité et de l’autorité sur la scène nationale. Mais c’était avant la pandémie.

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

Après avoir hésité, les premiers ministres ont décidé, la semaine dernière, d’annuler leur sommet de Québec, prévu les 24 et 25 septembre. L’affaire était compliquée ; les quatre premiers ministres de l’Atlantique auraient dû se plier à un confinement de 14 jours à leur retour dans leur capitale respective.

Il faut dire qu’il ne reste pas grand-chose des stratégies concoctées à Québec avant la pandémie. Toutes les énergies sont canalisées vers l’endiguement de la contagion, les autres offensives du gouvernement Legault sont en attente, histoire de voir la force de la seconde vague d’infections.

Mais privé de son tremplin national de la présidence du Conseil, François Legault n’avait pas jeté l’éponge pour autant.

À l’instigation du Québec, quatre premiers ministres se retrouveront ce vendredi à Ottawa, soucieux de présenter un front commun sur la question des transferts fédéraux pour la santé. C’est un prix de consolation pour François Legault, qui présidera la conférence de presse.

Le caquiste sera entouré de « bleus » : les conservateurs Jason Kenney, de l’Alberta, Brian Pallister, du Manitoba, et son nouvel ami, l’Ontarien Doug Ford, se trouveront à ses côtés.

Le hasard a bien fait les choses ; MM. Kenney et Ford avaient déjà des rendez-vous dans la capitale nationale, l’un avec le ministre Dominic LeBlanc, l’autre avec le maire d’Ottawa. Le précédent président du Conseil de la fédération, Scott Moe de la Saskatchewan, est susceptible de déclencher rapidement des élections, et ne pouvait se joindre à ses collègues.

PHOTO CHRIS YOUNG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre du Québec accompagné du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, lors du sommet Québec-Ontario qui s’est tenu la semaine dernière à Toronto

La présence des leaders des provinces atlantiques était impossible à boucler. Mais présents ou non, tous les premiers ministres adhèrent au message que compte lancer François Legault ce vendredi. « On a réussi à avoir une unanimité parmi les provinces et les territoires pour faire des demandes communes au gouvernement fédéral », a expliqué M. Legault lors de son point de presse, jeudi matin.

Le premier ministre Trudeau a annoncé un discours du Trône, une nouvelle législature débutera aux Communes le 23 septembre, et il faut prévoir une mise à jour des finances publiques fédérales au cours de l’automne.

Aussi la conférence de presse des provinces tombera-t-elle à point nommé ; elle survient à un moment où les provinces sont susceptibles d’influencer les décisions du gouvernement Trudeau.

Leur message est dans une large mesure prévisible. À la fin de 2019, le Conseil de la fédération avait produit un mémoire où les provinces demandaient à Ottawa de faire passer de 3 % à 5,2 % l’augmentation annuelle des transferts fédéraux pour la santé. La demande s’appuyait sur la croissance des coûts structurels en santé.

Celle-ci prend plusieurs sources ; la croissance démographique, le vieillissement de la population, le recours à des technologies plus coûteuses, l’augmentation de la rémunération des employés de la santé. Cette croissance donnerait 4 milliards de plus par année aux provinces, dont le quart environ irait au Québec. Depuis l’an dernier, les factures liées à la pandémie auront probablement fait grimper la barre de 5,2 % de quelques décimales.

Ottawa a déjà annoncé 19 milliards de plus pour les provinces, au chapitre de la santé. Il s’agissait de faire face au torrent des factures liées à la COVID-19. Mais pour les provinces, cette injection reste ponctuelle, elle n’a pas la récurrence qu’on voudrait voir dans la croissance annuelle des transferts en santé.

Chose certaine, le point de presse des quatre premiers ministres provinciaux est susceptible d’avoir davantage de résonance que le simple communiqué de presse commun du Conseil de la fédération qui aurait pu précéder le discours du Trône d’Ottawa.

Curieux hasard, François Legault se retrouvera entouré de conservateurs ce vendredi. C’était déjà amorcé avec le face à face de Toronto avec Doug Ford, devenu au fil du temps un ami de François Legault. Cela s’est poursuivi avec l’entretien accordé à Erin O’Toole, nouveau chef du Parti conservateur du Canada.

Dans l’agenda de Legault, on trouve aussi un coup de fil de félicitations à Blaine Higgs, réélu lundi à la tête du gouvernement conservateur du Nouveau-Brunswick. M. Legault s’accommode désormais de ce conservateur qui a déjà poussé pour que sa province, la seule officiellement bilingue, tienne un référendum pour retourner à l’unilinguisme anglais.

À l’évidence, l’ancien péquiste est fort à l’aise avec les conservateurs du reste du pays. Reste à voir s’il parviendra à faire oublier à l’Albertain Jason Kenney sa déclaration sur le « pétrole sale » de l’Ouest. À Ottawa, les libéraux autour de Justin Trudeau prennent sûrement des notes.