(Ottawa) Le gouvernement Trudeau et le gouvernement Legault planchent sur un montage financier visant à assurer la construction de la station du Réseau express métropolitain (REM) à l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau.

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Au départ, les coûts de construction de cette station du REM devaient être financés par Aéroports de Montréal (ADM), mais l’organisme a vu ses revenus chuter de manière brutale à la suite d’une diminution de 97 % du trafic passager depuis mars à cause de la pandémie de COVID-19.

Résultat : ADM crie famine et ne peut plus assurer la réalisation du projet, jugé essentiel par Ottawa, Québec et Montréal pour doter l’aéroport d’un réseau de transport collectif intermodal digne d’une grande ville nord-américaine.

IMAGE TIRÉE D’UNE VIDÉO YOUTUBE, AÉROPORTS DE MONTRÉAL

La station du Réseau express métropolitain à l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau doit être construite à 35 mètres sous l’aérogare.

Les coûts de construction de cette station du REM, qui doit être érigée à 35 mètres sous l’aérogare, pourraient friser les 600 millions de dollars, selon une récente estimation. La station fait aussi partie d’un chantier plus vaste de 2,5 milliards de dollars qui vise à améliorer l’ensemble des accès à l’aéroport – un chantier qui a été en grande partie mis sur pause à cause de la pandémie.

Le fédéral et le provincial vont devoir avancer de l’argent pour que le projet se fasse parce qu’en ce moment, il y a un échéancier et il y a un tunnel qui doit être construit.

Une source gouvernementale bien au fait du dossier

Selon nos informations, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, s’est entretenu à ce sujet avec le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, au cours des dernières semaines. La Caisse de dépôt et placement du Québec, qui est le maître d’œuvre de l’ensemble du projet de construction du REM, est aussi partie prenante des discussions.

Le ministre Garneau s’est aussi entretenu avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante, afin de la rassurer sur les intentions du gouvernement fédéral, toujours selon nos informations.

Quelle forme prendra ce montage financier ? Les détails ne sont pas encore finalisés. Une option sur la table est un prêt de quelque 600 millions qui serait assorti de conditions de remboursement suffisamment souples.

Mais dans les deux capitales, on juge le dossier hautement prioritaire en raison des échéanciers qui se dressent devant les diverses autorités. Entre autres choses, le tunnelier doit entreprendre les travaux pour creuser le passage sous les pistes d’atterrissage d’ici un mois. Ces travaux pourraient être retardés si un sérieux doute plane sur le financement.

Au bureau du ministre Marc Garneau, on confirme que les pourparlers se poursuivent. « Notre gouvernement comprend l’importance du transport en commun à Montréal et partout au pays. C’est pour cela que depuis le début, nous appuyions le projet du REM, mené par la Caisse de dépôt et placement du Québec », a indiqué Livia Belcea, attachée de presse du ministre, dans un courriel à La Presse.

« La connexion avec l’aéroport est essentielle pour le projet. C’est pour cela que nous allons continuer de travailler avec Aéroports de Montréal et nos autres partenaires, incluant la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec afin de trouver une solution. Ces discussions sont présentement en cours », a-t-elle ajouté.

En coulisses, le ministre Garneau s’inquiète au plus haut point des conséquences dramatiques de la pandémie de COVID-19 sur le secteur aérien. Selon nos informations, il continue de plaider auprès du premier ministre Justin Trudeau et de la ministre des Finances, Chrystia Freeland, pour qu’Ottawa adopte une aide sectorielle. D’autant plus que la chute brutale des revenus des compagnies aériennes et des aéroports a un effet domino dévastateur, selon lui, et l’appel à l’aide lancé en direction d’Ottawa et de Québec par ADM en est une illustration éloquente.

D’autres ministres du cabinet partagent aussi l’inquiétude de Marc Garneau. C’est le cas notamment de la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly.

De passage à Montréal, mardi, afin d’annoncer une contribution financière de 700 000 $ au mouvement Relançons Montréal, Mme Joly a soutenu que le gouvernement Trudeau « est en mode solutions » afin de s’assurer que la station du REM à l’aéroport voie le jour.

Présente à cette conférence de presse, la mairesse Valérie Plante a déclaré que cette station « est un must », mettant ainsi toute la pression pour qu’Ottawa et Québec accouchent d’un montage financier dans les plus brefs délais.