(Ottawa) Des « trois amigos », il n’y en aura que deux à Washington, cette semaine, pour célébrer l’entrée en vigueur de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) : Justin Trudeau a décliné l’invitation, invoquant un horaire trop chargé.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le président des États-Unis, Donald Trump, s’entretiendra donc en tête-à-tête avec son homologue mexicain, Andrés Manuel López Obrador, mercredi à la Maison-Blanche.

« Nous souhaitons aux États-Unis et au Mexique une excellente rencontre. Bien qu’il y ait eu récemment des discussions concernant une possible participation du Canada, le premier ministre sera à Ottawa cette semaine pour tenir des réunions prévues du Conseil des ministres et participer à une séance du Parlement planifiée depuis longtemps », a-t-on indiqué au bureau de Justin Trudeau, lundi.

Le conflit d’horaire a été le facteur-clé de la décision de ne pas y participer, selon une source gouvernementale, bien que d’autres soient entrés en ligne de compte — un déplacement au sud du pays aurait contraint le premier ministre canadien à s’isoler pendant 14 jours, comme l’exige la Loi sur la mise en quarantaine, d’autant plus que les cas de COVID-19 pullulent aux États-Unis.

Mais la semaine dernière, Justin Trudeau avait plutôt parlé du spectre de l’imposition de tarifs sur l’acier et l’aluminium lorsqu’on l’avait questionné sur ses intentions quant à cette rencontre trilatérale à la Maison-Blanche. « Nous sommes évidemment préoccupés par la question des tarifs […] que les Américains ont évoquée », soulignait-il en conférence de presse vendredi dernier.

En juillet 2018, alors que les pourparlers du nouvel Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) battaient toujours leur plein, Washington avait imposé des droits de douane sur l’importation d’acier et d’aluminium canadiens, en vertu de l’article 232 d’une loi américaine sur le commerce donnant au président le pouvoir d’imposer des droits de douane pour des raisons de sécurité nationale.

La mesure, vigoureusement critiquée par Ottawa, a finalement été levée en mai 2019.

Une stratégie de négociation ?

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, se demandait lundi si la décision du premier ministre de ne pas mettre le cap sur la Maison-Blanche était d’ordre stratégique. « Il y a peut-être là une stratégie de négociation ; j’ai toujours un peu de misère à suivre les stratégies de Justin Trudeau », a-t-il ironisé lors d’une disponibilité médiatique à Mont-Joli.

Au Nouveau Parti démocratique, le député Daniel Blaikie a déclaré que « si le premier ministre croit que ce n’est pas nécessaire d’assister à la conférence, la décision lui appartient », mais qu’il demeure de son ressort de faire « tout en son pouvoir » pour protéger les emplois des Canadiens en évitant l’imposition de tarifs sur l’acier et l’aluminium.

L’absence de Justin Trudeau à ce mini-sommet qui se voulait trilatéral ne devrait pas provoquer trop de vagues, croit la politologue Geneviève Tellier.

Je ne pense pas que ce soit une mauvaise décision. Et je n’ai pas l’impression que Donald Trump en a fait un grand cas non plus.

Geneviève Tellier, professeure titulaire de sciences politiques à l’Université d’Ottawa

Le premier ministre canadien s’est entretenu lundi avec le président mexicain.

Les deux dirigeants ont « convenu que la récente entrée en vigueur du nouvel ALENA [le 1er juillet 2020] permettrait de renforcer les liens économiques étroits et l’amitié de longue date entre le Canada et le Mexique, et qu’elle favoriserait les progrès sociaux et le développement économique dans les deux pays », d’après un compte rendu du bureau de M. Trudeau.

« Le premier ministre a regretté de ne pouvoir se rendre à Washington cette semaine et a souhaité au président López Obrador une rencontre fructueuse avec le président des États-Unis, Donald Trump », est-il précisé dans cette même communication.

En revanche, Justin Trudeau n’a pas eu de conversation téléphonique avec Donald Trump.