Québec a publié en ligne, mardi, ses offres aux syndicats du secteur public et aux préposés aux bénéficiaires — des offres dans lesquelles les grandes centrales n’ont guère vu de nouveau.

Lia Lévesque
La Presse canadienne

Ces offres, qui étaient connues depuis plusieurs jours, varient de 15 à 46 pages par organisation syndicale.

Ses propositions générales aux employés de l’État restent les mêmes, à savoir 1,75 % d’augmentation pour la première année, puis 1,75 et 1,5 % pour le contrat 2020-2023.

Québec y ajoute des montants forfaitaires de 1000 $ en 2020 et de 600 $ en 2021.

C’est là un des importants points de discorde avec la CSN et la FTQ : un montant forfaitaire, donc un versement unique, plutôt qu’une véritable augmentation de salaire intégrée aux échelles.

Québec ajoute également des ajustements pour les bas salariés. La FTQ avait spécifiquement demandé qu’une somme représentant 0,87 % de la masse salariale soit consacrée aux plus bas salariés.

En conférence de presse, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, a défendu ses offres. « C’est très raisonnable et ça respecte la capacité de payer du gouvernement. »

Il a précisé que chaque 1 % d’augmentation de la masse salariale signifie 400 millions. Les 5 % d’augmentations sur trois ans pour l’ensemble totalisent donc 2 milliards.

Le défi des préposés

Pour ce qui est des augmentations plus élevées pour les préposés aux bénéficiaires, le litige porte sur la façon de parvenir à hausser leur rémunération à 25 $ et plus, comme l’a publiquement souhaité le premier ministre François Legault.

La FTQ et la CSN, qui les représentent, ne s’y opposent pas — contrairement à ce qui a souvent été véhiculé comme information. Mais elles tiennent à ce que les préposés touchent des augmentations de salaire proprement dites, et non une augmentation jumelée à des primes, montants forfaitaires et autres formes de majoration de traitement qui ne sont pas permanentes, qui peuvent donc disparaître et qui ne comptent pas dans le calcul de la rente de retraite, par exemple.

« M. Legault dit qu’il veut augmenter le salaire des préposés ? Alors qu’il augmente le salaire des préposés ! Pourquoi passer par toutes sortes de trucs, par trois ou quatre affaires différentes pour arriver à 25 $ de l’heure ? » s’est insurgé Daniel Boyer, président de la FTQ, en entrevue.

Deuxième raison pour laquelle les parties ne se sont toujours pas entendues sur la rémunération des préposés : quels préposés doivent bénéficier d’augmentations plus généreuses ?

Québec propose que ce soit uniquement les préposés qui travaillent dans les CHSLD.

La CSN et la FTQ tiennent à ce que tous les préposés aux bénéficiaires touchent ces augmentations, incluant ceux qui travaillent dans les centres de réadaptation et les hôpitaux.

À l’heure actuelle, le salaire de base des préposés dans le secteur public est de 20,55 $ au premier échelon jusqu’à 22,35 $ au cinquième et dernier échelon.

Comme la FTQ, la CSN a aussi constaté « peu de mouvement de la part du gouvernement » dans ces offres publiées en ligne.

« Ce qui est sur la table présentement ne répond pas aux besoins du personnel des réseaux. Et on voit actuellement les conséquences graves de ne pas répondre aux besoins réels des travailleuses et des travailleurs des services publics », a commenté la CSN.

Malgré ces divergences, le ministre Dubé s’est montré optimiste. « Au cours des prochaines semaines, on va être capable de tout attacher ça ensemble. Moi, je vois une perspective d’entente », a-t-il commenté.

Pour les préposés, il évalue son offre à un « minimum de 300 millions ».

Il a tenu à préciser aux organisations syndicales que « ces offres-là sont bonnes en ce moment » et que le contexte à long terme est incertain, à cause de la pandémie de coronavirus.

Enseignants

Parmi les rares nouveautés, Québec propose de créer un statut d’enseignant émérite, avec une bonification de la rémunération de 5 %.

Bien que le gouvernement avait déjà proposé d’éliminer les premiers échelons de l’échelle salariale des enseignants, afin de bonifier leur rémunération en début de carrière, il a plutôt choisi de bonifier leur rémunération dans ces premiers échelons.

La CSQ doit réunir son conseil général de négociation mercredi. Elle fera alors connaître ses commentaires. Mais déjà, elle souligne qu’elle avait fait une contre-proposition à Québec, le 6 mai, et qu’elle attend toujours une réponse.