(Ottawa) Les libéraux s’apprêtent à déposer, comme promis, un projet de loi visant à interdire les thérapies de conversion.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Le ministre de la Justice, David Lametti, doit déposer lundi une mesure législative pour amender le Code criminel afin de proscrire la pratique. Il en dévoilera les détails en après-midi lors d’une conférence de presse avec la ministre de la Diversité, de l’Inclusion et de la Jeunesse, Bardish Chagger.

« La thérapie de conversion est une pratique discréditée par le milieu scientifique qui cible des Canadiens LGBTQ2 vulnérables dans le but de changer leur orientation sexuelle ou leur identité de genre », lit-on dans la plateforme électorale libérale de 2019.

« Dans le milieu médical, il existe un consensus international selon lequel la thérapie de conversion n’est pas fondée scientifiquement et ne fonctionne pas […] plus particulièrement chez les mineurs », y est-il également écrit.

Les thérapies de conversion peuvent passer par l’administration d’électrochocs ou encore la prescription de psychotropes.

Le gouvernement Trudeau avait affiché ses couleurs l’été dernier. Une lettre avait été envoyée en juin aux ministres provinciaux et territoriaux de la Justice et de la Santé afin de solliciter leur collaboration dans ce dossier.

En vertu des pouvoirs et compétences qui leur sont propres, les provinces et municipalités peuvent jouer un rôle complémentaire dans ce dossier. En juin dernier, par exemple, dans la ville de Saint-Albert, en Alberta, le conseil municipal avait voté à l’unanimité pour bannir la pratique.

De telles interdictions existent aussi en Ontario, au Manitoba et en Nouvelle-Écosse.

Du côté du gouvernement québécois, au bureau de la ministre de la Justice, Sonia LeBel, on appuie tout à fait l'objectif de mettre fin aux thérapies de conversion. « On veut s'y attaquer, mais on cherche la meilleure façon de le faire dans notre champ de compétence », a indiqué sa porte-parole, Nicky Cayer, vendredi.

La thérapie de conversion est un phénomène dont l'ampleur est difficile à saisir. Les séances se déroulent la plupart du temps dans le secret, et dans des endroits qu'il est difficile de surveiller pour les autorités.

« Ces pratiques ont lieu dans des cadres informels et elles sont souvent exécutées par une personne occupant un poste de pouvoir dans une organisation religieuse », écrivait l’Alliance Arc-en-ciel de Québec dans un mémoire publié en mai 2018.

Quelques années auparavant, en 2012, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait publié un avis sur les thérapies de conversion, affirmant que cette pratique constituait une « grave menace pour la santé et les droits des personnes touchées ».

Du côté de l’Ordre des psychologues du Québec, on avait stipulé la même année qu’il serait « contraire à l’éthique de présenter aux personnes homosexuelles […] une intervention visant à changer l’orientation sexuelle comme une façon de les traiter ».