(Ottawa) Les conservateurs présentent le dépôt d’un projet de loi visant la décriminalisation de toutes les drogues dures comme la première étape d’un « projet secret » libéral pour légaliser « héroïne, crack et méthamphétamine en cristaux ».

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Un député de Toronto, Nathaniel Erskine-Smith, a déposé la semaine dernière à la Chambre des communes un duo de mesures législatives d’initiative parlementaire, dont celle « visant à faire tomber les préjugés contre la consommation de substances », la C-235.

Leur objectif commun est essentiellement d’ajouter un outil à l’arsenal de la lutte contre la crise des opioïdes qui fait des ravages au Canada, notamment dans l’Ouest du pays, depuis quelques années.

« Le projet de loi [C-235] supprimerait complètement l’infraction de possession […] non pas pour le trafic ou la production de drogues, mais pour les gens qui ont besoin d’aide », a exposé le député Erskine-Smith dans son discours au moment de le présenter, mercredi dernier.

Les conservateurs y ont vu la preuve que « Justin Trudeau et les libéraux cherchent à légaliser des drogues dures comme l’héroïne, le crack et la méthamphétamine en cristaux » et « s’acharnent à rendre des drogues dangereuses plus accessibles pour les Canadiens ».

Lorsqu'il a reçu au Parlement le premier ministre du Portugal, Antonio Costa, dont le pays a emprunté la voie de la dépénalisation de toutes les drogues au début des années 2000, Justin Trudeau avait affirmé que le Canada ne comptait pas suivre le modèle portugais.

« C’est évidemment intéressant, ce qui se passe à l’international, mais pour l’instant, il n’est aucunement dans les plans du Canada de procéder à la décriminalisation de toutes les drogues », a-t-il lancé en mai 2018.

« Projet secret »

« Lors de la dernière campagne électorale, les libéraux ont nié leur projet secret de légalisation des drogues dures », soutiennent les députés John Brassard et Bob Saroya dans un communiqué publié mardi.

Le Parti libéral n’a jamais parlé de légaliser, mais bien de décriminaliser, toutes les drogues. Et si les militants libéraux ont avalisé l’idée lors d’un congrès en avril 2018, le premier ministre Trudeau a jusqu’à présent catégoriquement écarté l’idée.

En juin dernier, les libéraux et les néo-démocrates d’un comité parlementaire recommandaient dans un rapport qu’Ottawa planche avec ses partenaires sur une façon de « décriminaliser la possession simple de petites quantités de substances illicites ».

Le député Erskine-Smith avait quant à lui déposé un projet de loi similaire lors de la dernière législature, mais il n’avait jamais atteint l’étape de la deuxième lecture en Chambre, et il est donc mort au feuilleton avec le déclenchement des élections.

Mardi, il s’est tourné vers Twitter pour accuser les conservateurs de faire de la désinformation.

« Je m’attends fréquemment à ce que la politique soit mieux que cela. Et je suis fréquemment déçu. Le projet de loi en question, auquel le gouvernement n’a pas signalé son appui, ne ferait que décriminaliser la possession pour consommation personnelle », a-t-il réagi.

Certains représentants des autorités sanitaires canadiennes préconisent la décriminalisation de toutes les drogues pour juguler la crise, qui a fait des dizaines de milliers de morts depuis 2016, et qui a fait diminuer l'espérance de vie.

« Je pense que nous devrions aller vers cela, oui », confiait à La Presse Jane Buxton, médecin en chef de la réduction des risques au Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique, l'automne dernier.

Pendant la course à la direction du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh avait envoyé le même son de cloche. « Je demanderais la décriminalisation immédiate de toutes les infractions de possession simple. Point », a-t-il lancé dans un débat en septembre 2017.

Le Bloc québécois, pour sa part, est opposé à la dépénalisation de toutes les drogues illicites.