Estimant ne pas avoir de chances de succéder à Andrew Scheer et jugeant que le Parti conservateur du Canada est pour l’instant surtout « digne de méfiance », l’ex-ministre et ex-sénateur conservateur Michael Fortier a décidé, après réflexion, de ne pas se porter candidat à la course à la direction.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Dans un texte envoyé à La Presse, M. Fortier dit croire que ses « opinions tranchées » — en faveur de l’environnement, de l’avortement et du mariage gai, notamment — minaient particulièrement ses chances de devenir le prochain chef du Parti conservateur.

« Une proportion significative de nos membres, faut-il le rappeler, favorisait deux candidats lors de la dernière course au leadership en 2017 [Andrew Scheer et Maxime Bernier] avec lesquels j’ai franchement peu en commun. Comme je ne suis pas d’humeur à faire des compromis, je devrais donc attirer beaucoup de nouveaux membres — une tâche possible, mais colossale qui a beaucoup influencé ma décision », écrit M. Fortier, qui est vice-président du conseil de RBC Marchés des capitaux.

Le Montréalais a aussi constaté que son parcours le désavantageait à certains égards.

« Parmi le passif que je traîne, celui de m’être absenté des affaires du parti depuis bientôt dix ans pèse lourd, tout comme celui de n’avoir pu me faire élire à l’élection de 2008. »

— Michael Fortier

M. Fortier dit très clairement que, selon lui, le prochain chef devra impérativement être favorable à l’avortement et aux droits de toutes les minorités sexuelles et dire « explicitement qu’il n’acceptera pas qu’un député conservateur vienne fragiliser un tant soit peu ces droits acquis ».

M. Fortier conclut son texte en écrivant qu’« il faut débarrasser le parti de ses éléments radicaux et convaincre les Canadiens que nous sommes dignes de leur confiance. Pour l’instant, nous sommes plutôt dignes de leur méfiance ».

En entrevue, M. Fortier souligne qu’il aurait aimé pouvoir faire le saut. Depuis la défaite des conservateurs en octobre, il a d’ailleurs très sérieusement sondé les troupes pour mesurer l’intérêt que susciterait sa candidature. « Cela m’aurait intéressé de servir mon parti et de servir mon pays, mais mes chances sont trop minces. »

Pour l’instant, M. Fortier n’appuie pas un autre candidat et ne sait pas s’il le fera. Lors de la dernière course à la direction, il s’en était abstenu.

Les candidats en vue

L’ex-premier ministre du Québec et ex-ministre conservateur Jean Charest et l’ex-ministre conservateur Peter MacKay devraient à l’inverse annoncer leur candidature au cours des prochains jours.

Natif de Calgary, parfaitement bilingue et député ontarien aux Communes depuis 2004, Pierre Poilievre sera aussi vraisemblablement de la course.

L’ex-ministre Rona Ambrose, qui a occupé les fonctions de chef intérimaire de 2015 à 2017 (et dont le nom a aussi circulé pour le poste d’ambassadeur à Washington), ne s’est toujours pas manifestée. Son français approximatif joue contre elle, comme dans le cas de Peter MacKay.

Le député ontarien Erin O’Toole sera très vraisemblablement sur les rangs. Le député québécois Gérard Deltell, qui multipliait les coups de téléphone avant les Fêtes, pourrait aussi se porter candidat.

Qui a le plus de chances ?

Geneviève Tellier, professeure de science politique à l’Université d’Ottawa, croit que Peter MacKay est celui qui pourrait le mieux rallier les nostalgiques de Stephen Harper et ceux de Brian Mulroney, de même que les partisans de l’est et de l’ouest du pays.

Cela dit, comme il y a eu 14 candidats lors de la dernière course et qu’il pourrait y en avoir encore davantage cette fois, le jeu des alliances rend toute prédiction particulièrement hasardeuse, fait-elle remarquer.

Si le nom de Pierre Poilievre, qui fait de la politique depuis l’âge de 25 ans, circule beaucoup à Ottawa, Mme Tellier note que son style cassant le dessert. « On disait d’Andrew Scheer qu’il était Stephen Harper avec un sourire. Pierre Poilievre, c’est Stephen Harper, mais sans le sourire. »

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Le nom de Pierre Poilievre, qui fait de la politique depuis l’âge de 25 ans, circule beaucoup à Ottawa comme candidat possible à la succession d’Andrew Scheer.

Stéphanie Chouinard, professeure adjointe de science politique au Collège militaire royale du Canada, à Kingston, estime aussi que son attitude cinglante joue contre lui.

Mme Chouinard pense que Rona Ambrose a les meilleures chances de l’emporter si elle décide de se relancer en politique.

« Elle est de l’Ouest, elle a de l’expérience, elle est respectée et elle n’est pas trop dogmatique. Une chef aurait aussi l’intérêt de ramener au parti les femmes qui étaient mal à l’aise avec bon nombre de ses positions sociales. »

Et Jean Charest ? Les électeurs n’ont pas « la mémoire si courte », croit Mme Chouinard, qui pense que tout ce qui a mené à la commission Charbonneau lui nuira.