(Ottawa) Il n’est pas rare qu’une guerre des chiffres éclate durant une campagne électorale, mais les électeurs pourront dorénavant s’appuyer sur un expert indépendant et crédible, le directeur parlementaire du budget (DPB), pour évaluer le coût des promesses des partis politiques.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Depuis le 23 juin, le bureau du DPB est discrètement à l’œuvre afin de valider les coûts des engagements électoraux que lui ont déjà fait parvenir certaines formations politiques, a confirmé hier à La Presse le titulaire du poste, Yves Giroux.

Les résultats de cet examen minutieux permettront aux Canadiens d’être mieux informés quant à la faisabilité des engagements pris par les chefs et leurs partis avant qu’ils ne se rendent aux urnes, a fait valoir M. Giroux.

L’exercice doit être mené dans la plus grande confidentialité, étant donné que les engagements que son bureau passe au peigne fin se retrouveront au cœur de la campagne électorale. Résultat : M. Giroux ne peut divulguer quel parti politique lui a demandé d’évaluer telle proposition ou le nombre de requêtes que son bureau a reçu et de quel parti politique.

Le DPB dévoilera les résultats de son analyse du coût d’une promesse d’un parti politique une fois que ce dernier l’aura annoncée. « C’est un travail d’une grande ampleur », a affirmé M. Giroux au bout du fil.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @YZGIROUX

Yves Giroux, directeur parlementaire du budget

On sait que certaines des mesures dont on va estimer le coût pourraient être controversées. On l’a vu avec certains de nos rapports qui ont été publiés au printemps et au tout début de l’été.

Yves Giroux, directeur parlementaire du budget

« On s’attend à ce que certaines des évaluations fassent l’objet de critiques et on se prépare en conséquence en ayant une méthodologie qui est la plus robuste possible », poursuit-il.

M. Giroux fait allusion au rapport évaluant le coût de l’achat de l’oléoduc Trans Mountain par le gouvernement fédéral, l’an dernier, ainsi que celui estimant l’augmentation éventuelle de la taxe sur le carbone imposée par Ottawa afin d’atteindre les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre découlant de l’accord de Paris sur les changements climatiques.

« L’objectif de l’exercice, c’est de permettre aux partis qui sont représentés à la Chambre des communes d’avoir des estimations indépendantes et non partisanes du coût des mesures qu’ils prévoient faire lors de la campagne électorale. Ils peuvent le faire 120 jours avant la date des élections. Cela a donc commencé le 23 juin. Depuis cette date, nous avons reçu des demandes et nous sommes en train d’estimer les coûts », a indiqué M. Giroux.

« J’espère que cela va apporter plus de clarté au débat politique. C’est le but de l’exercice. »

En ayant un bon niveau d’assurance que les estimations des coûts des promesses électorales sont justes et non pas biaisées uniquement dans des buts partisans, les électeurs vont avoir une meilleure opinion de la validité et de la justesse de ce sur quoi ils s’apprêtent à voter.

Yves Giroux, directeur parlementaire du budget

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau avait proposé durant la dernière campagne électorale d’élargir le mandat du DPB afin de lui confier la tâche d’évaluer les promesses des divers partis politiques qui aspirent à gouverner le pays. Le mandat du DPB a donc été modifié, l’effectif de son bureau a été doublé (une quarantaine d’employés y travaillent aujourd’hui) et son budget annuel est passé de 2,6 millions de dollars par année à 7,1 millions.

Un parti politique peut refuser de soumettre ses promesses à une évaluation du DPB. Jusqu’ici, tout indique que l’ensemble des partis politiques va faire appel à l’expertise de l’équipe que dirige M. Giroux. Le Parti libéral, le Parti conservateur, le Nouveau Parti démocratique, le Bloc québécois et le Parti populaire du Canada ont confirmé vouloir travailler étroitement avec le bureau du DPB.

« Le sceau d’approbation du directeur parlementaire du budget est important pour certains partis. C’était le cas en Australie et ça semble être le cas au Canada aussi », a indiqué M. Giroux.

En vertu de son nouveau mandat, le DPB peut demander l’aide de trois ministères fédéraux – le ministère des Finances, Emploi et Développement social Canada ainsi que le ministère de la Défense nationale – pour mener à bien son travail.

Les DPB de l’Australie et des Pays-Bas ont aussi ce mandat. D’ailleurs, M. Giroux a indiqué s’être entretenu avec son homologue australien à quelques reprises déjà à ce sujet afin d’obtenir ses conseils. Le prédécesseur de M. Giroux, Jean-Denis Fréchette, a pour sa part eu des discussions avec ses vis-à-vis des Pays-Bas et de l’Australie également.

« Le directeur parlementaire du budget de l’Australie m’a suggéré d’avoir des modèles qui permettent d’estimer de façon indépendante ici au bureau sans avoir recours à de l’aide extérieure parce que le volume des demandes peut être impressionnant. Dans le cas du DPB fédéral en Australie, ça a frisé la centaine de demandes. »