(Ottawa) Si le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau tombe avant la fin de la durée normale d’un mandat, Elizabeth May reprendra le bâton du pèlerin. Mais ce sera la dernière fois, car la cheffe du Parti vert est résolue à passer le flambeau.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Ça fait 13 ans que je suis à la tête du parti. Nous avons besoin d’un plan de succession. Je vais en discuter surtout avec mes deux futurs collègues [députés] pour déterminer la meilleure façon de faire cette transition », a-t-elle affirmé en entrevue avec La Presse.

« Je suis tellement heureuse des progrès réalisés par les verts depuis que je suis cheffe, sur la scène fédérale comme sur la scène provinciale. C’est un bon moment pour penser à l’avenir avec un nouveau chef », a poursuivi Mme May.

Dans l’éventualité où les libéraux parviendraient à se maintenir au pouvoir pendant quatre ans, jusqu’aux élections à date fixe prévues en octobre 2023, la politicienne signale qu’elle briguerait un siège, mais comme simple députée.

« La campagne a été difficile. Elizabeth a 65 ans, elle vient de trouver l’amour, elle s’est mariée récemment, et elle a toujours dit qu’elle adorait être députée, mais moins être leader d’un parti », a exposé son chef adjoint Daniel Green.

Ce n’est effectivement pas la première fois que la cheffe évoque son départ – en mai dernier, alors qu’elle tentait d’attirer dans le giron vert la ministre démissionnaire Jody Wilson-Raybould, elle lui avait même offert les rênes du parti.

Espoirs déçus

Sous la houlette de Mme May, le Parti vert a réalisé le meilleur score de son histoire le 21 octobre, recueillant 6,5 % des voix et faisant élire un trio de candidats : elle-même et Paul Manly en Colombie-Britannique ainsi que Jenica Atwin au Nouveau-Brunswick.

La dirigeante ne cache toutefois pas qu’elle avait espoir de faire mieux, alors que tout pointait vers une percée et qu’elle rêvait à voix haute de décrocher la balance du pouvoir à Ottawa comme l’ont fait les verts en Colombie-Britannique.

Mais il s’agit malgré tout d’un « exploit », fait-elle valoir. « Gagner trois sièges dans notre système uninominal majoritaire à un tour, ce n’est pas rien. Là où les verts décrochent plus de sièges, c’est dans les pays où le mode de scrutin est proportionnel », dit-elle.

Le surlendemain de l’élection, sur Twitter, le Parti vert a cherché à mettre en lumière ce dysfonctionnement en notant qu’avec 1,1 million de voix, il n’avait décroché que trois sièges, contre les 32 obtenus par le Bloc québécois en vertu de ses quelque 1,3 million de votes.

Même si, au départ, le Québec n’était pas considéré comme un terreau fertile, selon nos informations, Elizabeth May ne peut s’empêcher de regretter de ne pas être parvenue à y faire élire un député sous la bannière verte.

L’un des responsables de cette situation ? Le réseau TVA, qui a refusé de lui accorder un laissez-passer pour son Face-à-Face. « Avant le débat, dans les sondages, nous étions devant le NPD. C’est vraiment ce qui a été pour nous un tournant », argue-t-elle.

C’est là que avons perdu notre chance au Québec. La décision a nui à notre potentiel de croissance – et elle avait l’appui des trois autres chefs féministes qui ne voyaient pas de problème à débattre sans la seule candidate féminine.

Elizabeth May, cheffe du Parti vert

L’aiguille des sondages a effectivement commencé à bouger en faveur d’Yves-François Blanchet et de Jagmeet Singh à l’issue de cette première joute oratoire diffusée à heure de grande écoute, et disputée en français.

Au Québec, le seul candidat vedette à porter les couleurs du Parti vert, Daniel Green, n’a pu faire mieux qu’une quatrième position – et ce, derrière le Bloc québécois – dans la circonscription montréalaise d’Outremont.

S’il n’exclut pas la possibilité de briguer à nouveau les suffrages, l’environnementaliste de longue date écarte catégoriquement l’idée de succéder à Elizabeth May. « Pas. Du. Tout. », tranche Daniel Green.

Le conseil fédéral du parti doit se réunir à Ottawa au cours de la fin de semaine et pourrait bien aborder la question de l’éventuelle course à la direction.