(OTTAWA) Le gouvernement Trudeau a manqué de respect envers le gouvernement Legault en annonçant trois projets routiers en partenariat fédéral-provincial sans juger bon d’y convier un représentant caquiste, a pesté l’opposition officielle à Ottawa.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Pendant la période des questions en Chambre, hier, le lieutenant politique du chef conservateur Andrew Scheer au Québec, Alain Rayes, a passé en revue les provinces avec lesquelles le gouvernement libéral est actuellement à couteaux tirés — une liste à laquelle s’ajoute le Québec.

Car en annonçant seul qu’Ottawa injecterait 345 millions de dollars dans la réalisation de projets, dont le prolongement de l’autoroute 19, le ministre fédéral de l’Infrastructure, François-Philippe Champagne, y est allé d’un véritable affront envers la province, a-t-il déploré.

Et c’est sans compter que cette annonce, où les caquistes brillaient par leur absence, survient quelques jours après que les libéraux Joël Lightbound et Jean-Yves Duclos eurent considérablement haussé le ton dans le dossier du tramway de Québec.

En Chambre, vendredi dernier, le député Lightbound a déclaré que si la Coalition avenir Québec (CAQ) ne voulait pas « faire du tramway une priorité à Québec », elle allait le « trouver sur son chemin ». Son collègue Duclos a tenu des propos semblables.

Ces attaques leur ont a valu les reproches d’Alain Rayes en Chambre, hier.

« [Ils] ont attaqué directement et publiquement le premier ministre du Québec et le gouvernement du Québec. Cette attitude est irrespectueuse envers le gouvernement du Québec », a déclaré le conservateur pendant la période des questions.

« Comment se fait-il que, dans un projet provincial-fédéral, un projet d’infrastructure pour le Québec, le gouvernement du Québec n’était même pas présent ? » — Alain Rayes

Depuis quelques semaines, en coulisses, certains libéraux manifestent une impatience face à la lenteur de certaines provinces — comme l’Ontario et le Québec — à soumettre leurs projets d’infrastructures.

« Ce qu’on ne veut surtout pas, c’est que les gens soient pris en otage. Il y a un paquet de projets qui sont prêts », a exprimé hier en mêlée de presse le ministre Pablo Rodriguez lorsqu’on lui a demandé de dire si le torchon brûle entre Ottawa et Québec.

Contexte préélectoral

Dans les rangs libéraux, on met de l’avant l’argument que la saison de la construction approche à grands pas. Mais il y a aussi la campagne électorale qui se profile à l’horizon. Et le gouvernement Trudeau veut se présenter devant l’électorat avec des résultats.

C’est en tout cas le constat qu’a fait le ministre québécois des Transports, François Bonnardel. « On est en élections, et ils [les libéraux] veulent faire des annonces uniques pour chaque projet », a-t-il déclaré en mêlée de presse du côté de l’Assemblée nationale.

« Moi, j’avais proposé [...] d’être capable de faire une annonce globale pour six ou sept projets en même temps avec un montant global. Ils ont refusé. »

Ce dernier a assuré qu’il n’y avait « pas d’animosité » avec « les ministres du fédéral ».

Le ministre Champagne a abondé dans le même sens en marge d’un point de presse sur les inondations à Montréal, cherchant à minimiser l’apparence de tensions entre Ottawa et Québec.

À ses côtés, la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, a plaidé que si le gouvernement était absent de l’annonce, c’est qu’il n’était pas prêt à présenter son projet à la population. Elle a signalé que des amendements pourraient venir. — Avec la collaboration de Tommy Chouinard, La Presse, et La Presse canadienne