(Victoriaville) Le chef conservateur Andrew Scheer promet un plan environnemental du XXIe siècle, tout en exhortant les Québécois à se donner un gouvernement qui, sous sa houlette, se battra pour favoriser l’exploitation du pétrole canadien.

Publié le 28 avr. 2019
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

C’est au Québec que, d’ici l’ajournement des travaux parlementaires, il dévoilera ses intentions environnementales, qui étaient « très attendues ». Le leader en a fait l’annonce dans un discours prononcé à 177 jours du scrutin fédéral, au conseil général du Parti conservateur de Victoriaville.

« Notre plan sera un vrai plan qui nous permettra de nous attaquer aux défis environnementaux du XXIe siècle. Et je peux déjà vous dire que notre plan ne sera pas de taxer davantage les Canadiens », a exposé Andrew Scheer, qui a promis d’annuler le plan libéral de tarification du carbone s’il est élu le 21 octobre prochain.

Disant avoir « besoin de la nation québécoise », il a promis de se battre pour la victoire, « parce que les Québécois méritent un gouvernement conservateur qui fera en sorte qu’ils puissent consommer davantage de pétrole canadien au lieu du pétrole des États-Unis et de l’Algérie ».

Dans une entrevue accordée à l’issue de son discours, le chef a assuré que le plan contiendrait des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il n’a cependant pas voulu dire s’il garderait les mêmes que les gouvernements Harper, puis Trudeau ont fixées – soit réduire ces émissions de 30 % par rapport au niveau de 2005.

« On va avoir des cibles basées sur nos obligations et avec un plan réel pour les atteindre […]. » — Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

« On doit respecter les accords que le Canada a signés. Vous pourrez voir comment on va reconnaître les obligations du Canada de faire notre part », a-t-il exposé, sans vouloir préciser s’il faisait référence à l’accord de Paris sur le climat.

Et les propositions du Parti conservateur seront plus fédératrices que celles du Parti libéral. « On va travailler de manière plus collaborative. À l’heure actuelle, on a des provinces qui sont devant les tribunaux pour contester la taxe sur le carbone », a noté Andrew Scheer.

À la défense des oléoducs

Le chef conservateur promet de défendre bec et ongles les projets d’oléoduc.

C’est ce qu’il a réitéré en réaction à un article du Globe and Mail qui a révélé que le leader des troupes conservatrices et certains de ses plus importants stratèges avaient rencontré des bonzes de l’industrie pétrolière derrière des portes closes pour élaborer un plan visant à chasser Justin Trudeau du pouvoir.

« J’ai des rencontres avec des représentants de toutes les industries au Canada […] et j’ai donné le signal que je vais être un champion pour le secteur énergétique », a-t-il tranché en entretien dans une salle de l’hôtel de Victoriaville où quelques centaines de militants ont convergé, vendredi et hier.

Puis, il est passé à l’offensive. « M. Trudeau a eu des réunions privées avec des groupes qui attaquent notre secteur énergétique, des groupes radicaux qui veulent l’anéantir […]. Il a eu beaucoup de rencontres où on parle de stratégies pour tuer les emplois, pour tuer notre secteur énergétique », a pesté le Saskatchewanais.

Un ancien chef du Bloc fustige les écologistes

Avant le discours d’Andrew Scheer, l’ancien chef du Bloc québécois Michel Gauthier – qui est passé dans le camp conservateur il y a quelques mois – déplorait que les groupes de défense de l’environnement détiennent le monopole du débat sur le pétrole.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Gauthier, ancien chef du Bloc Québécois.

« Ce que je trouve, c’est que le débat, depuis un bon moment, a été laissé aux environnementalistes, qui sont fondamentalement contre le pétrole », a-t-il lâché à son arrivée au conseil général du Parti conservateur.

« Je n’ai presque jamais vu personne présenter les arguments pro-pétrole. » — Michel Gauthier, ancien chef du Bloc québécois

« Attention, il ne s’agit pas de se lancer dans une promotion de l’industrie pétrolière, a- t-il voulu nuancer. Mais tous ceux qui vous disent “Ah, le pétrole, je ne veux pas en entendre parler !” doivent comprendre que c’est des milliers d’emplois au Québec. C’est la richesse canadienne ! »

Et l’ancien député du Bloc québécois a par ailleurs repris à son compte l’argument de la péréquation que met de l’avant le premier ministre désigné albertain, Jason Kenney :  « [L’exploitation du pétrole de l’Ouest] contribue puissamment à nous envoyer un chèque de 13 milliards de dollars à chaque début d’année », a-t-il argué en mêlée de presse.

Si Michel Gauthier n’a pas hésité à commenter le dossier environnemental dans les couloirs de l’hôtel de Victoriaville où se tient le conseil général, les candidats et députés conservateurs ont préféré user de prudence. La recrue Philippe Gagnon, par exemple, s’est contenté de dire qu’il était derrière la position du parti.