Le gouvernement Charest s'est retrouvé dans l'embarras, hier. Une liste de projets d'une valeur de 11 milliards de dollars mise de l'avant par Monique Jérôme-Forget semblait rétrécir comme peau de chagrin.

Denis Lessard
Denis Lessard LA PRESSE

En fait, des investissements de 5 milliards seulement sont confirmés, selon une enquête menée par le Journal de Montréal.

Toute la journée d'hier, Mme Jérôme-Forget et son sous-ministre, Jean Houde, ont expliqué que les investissements recensés étaient prévus sur cinq ans.

 

En fait, a-t-on découvert hier, l'un des «projets» recensés, la mine Agnico-Eagle à Val-d'Or, est déjà terminé, et ne peut donc faire partie d'une série de projets destinés à illustrer la solidité de l'économie québécoise dans les mois à venir.

Dans la liste, un seul investissement a été retardé, a précisé Jean Houde: l'agrandissement de la raffinerie Ultramar à Saint-Romuald, soit un engagement prévu de 1 milliard.

«Si c'était à refaire, on appellerait ça une liste d'investissements plutôt que de projets», a convenu le sous-ministre.

Autre exemple, un investissement de 750 millions de Provigo, dont la maison mère avouait ne jamais avoir entendu parler. «Ils font des rénovations dans les magasins de la chaîne... dans leurs installations», a expliqué hier M. Houde, battant en retraite.

«On n'a pas attaqué le gouvernement libéral, on a attaqué le ministère des Finances», a soutenu, en désespoir de cause, la ministre Michelle Courchesne appelée à donner le point de vue du gouvernement sur RDI, en soirée.

En faisant le point sur les finances publiques, à la veille du déclenchement des élections, Mme Jérôme-Forget avait sorti une liste de «plusieurs projets d'envergure dans les régions du Québec» pour bien illustrer qu'en dépit de la tempête boursière, l'économie québécoise restait solide.

«Le ministère des Finances est en contact constant avec les entreprises, le ministère des Finances suit ces entreprises-là, le ministère des Finances s'assure avant de publier quelque chose comme ça que c'est bien dans le pipeline, a martelé Monique Jérôme-Forget, en tournée au Saguenay. Est-ce que des gens ont décidé de le retarder de six mois ou d'un an? C'était là une liste sur cinq ans.» Selon elle, la liste de son ministère, colligée à partir d'articles de journaux et de communiqués, est exacte.

«Moi, je suis un peu déçu du travail journalistique», a pour sa part déclaré le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, en marge d'une conférence de presse à Montréal, ajoutant que cela ne lui arrivait pas souvent.

«Je vais vous donner un exemple: les projets d'éoliennes d'Hydro-Québec», a-t-il dit. Parce que la société d'État n'a pas voulu faire de commentaire, le quotidien a retranché quelque 1,6 milliard de la somme des investissements. «Pensez-vous vraiment que c'est zéro dollar l'ensemble des travaux d'éoliennes qui se font au Québec?» a demandé le ministre Bachand.

Mais du côté du PQ comme de l'ADQ, on a accusé le gouvernement Charest d'amateurisme et de malhonnêteté.

«Ça fait amateur pour des gens qui sont à la tête du gouvernement depuis six ans», a constaté Pauline Marois de passage dans son comté de Charlevoix, hier matin.

Cette révélation, selon elle, «sème un doute» sur la rigueur de la mise à jour économique. «Ça met en cause la crédibilité de la ministre qui a déposé le document. C'est elle qui doit en répondre devant les citoyens. On fait accroire des choses aux gens. Ce que je vois, c'est le contraire de la vérité. C'est un comportement qu'on peut questionner.»

Selon Mme Marois, comme le gouvernement a surestimé les investissements privés, les prévisions de croissance économique pourraient devoir être revues à la baisse. «Ça peut avoir un impact sur le cadre financier» de tous les partis. «Parce que moi je suis parti des chiffres du ministère des Finances.»

Selon elle, c'est du jamais vu que le ministère des Finances se base sur des communiqués de presse et des articles de journaux. «Je ne me souviens pas de ça. C'est très étonnant ce qui se passe.»

«On nous fait croire qu'il n'y a pas de déficit, on nous dit que ça ne va pas trop mal à la Caisse de dépôt, et là on présente un document avec des projets dont les deux tiers ne sont pas prévus par les entreprises elles-mêmes. C'est inquiétant d'avoir un gouvernement qui agit de telle façon.»

Candidat dans Chapleau et porte-parole de son parti en économie, l'adéquiste Gilles Taillon a soutenu qu'il s'agissait d'un «maquillage éhonté» par la ministre, à la toute veille du déclenchement des élections.

«Ce n'est qu'une preuve de plus qu'on camoufle la réalité pour essayer d'arracher des gains dans l'élection, a-t-il estimé. C'est prendre les électeurs pour des caves!»

L'attitude de Mme Jérôme-Forget et de M. Charest démontre une «irresponsabilité» qui va au-delà de l'incompétence, a affirmé Gilles Taillon.

Avec la collaboration de Tommy Chouinard