(Ottawa) Une coalition pour la défense des droits de la personne estime que le Canada doit tracer la ligne et refuser d’extrader à nouveau Hassan Diab, l’ancien professeur de l’Université d’Ottawa soupçonné par la France d’être à l’origine d’un attentat à la bombe dans une synagogue de Paris en 1980.

Mis à jour le 25 janvier
Mylène Crête
Mylène Crête La Presse

« Le Canada doit au minimum faire comprendre aux autorités françaises qu’une deuxième demande d’extradition du DDiab sera refusée », a affirmé l’ancien secrétaire général d’Amnistie internationale Canada, Alex Neve, aujourd’hui professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.

Bien que la France n’ait pas encore fait cette demande, le comité qui défend M. Diab croit qu’elle pourrait venir éventuellement. La justice française a fixé une date de procès pour entendre l’affaire le 3 avril 2023, cinq ans après que l’ancien professeur eut été libéré d’une prison française.

« Il a été détenu pendant trois années et il n’y avait pas de processus [judiciaire] lancé contre lui, il n’y avait pas d’accusations contre lui, a rappelé M. Neve. Il a été détenu en isolement et notre préoccupation est que l’isolement prolongé comme ça contrevient aux normes internationales. »

Arrêté au Canada en 2008, M. Diab a déjà été extradé une première fois en France en 2014 avant d’être libéré en 2018 après que la cour eut rejeté les preuves que les procureurs français avaient présenté contre lui. Il a toujours maintenu son innocence. Il est soupçonné par le gouvernement français d’être à l’origine de l’attentat de la rue Copernic à Paris le 3 octobre 1980 qui a fait quatre morts et une quarantaine de blessés.

Deux juges français avaient notamment pu confirmer l’alibi de M. Diab, soit qu’il était au Liban au moment de l’attentat pour passer des examens à l’université. La Cour d’appel française n’a pas retenu ces témoignages et a infirmé la décision de ces juges. Un ultime appel en Cour de cassation n’a pas permis de lui éviter un nouveau procès.

« Ça démontre que l’opportunisme politique et le besoin de trouver un bouc émissaire pour l’attentat sont plus importants que la justice », a soutenu la représentante du comité de soutien à Hassan Diab, Jo Wood. Les familles des victimes et d’autres groupes de pression s’étaient en effet opposés à sa libération.

Le professeur de sociologie âgé d’une soixantaine d’années ne travaille plus à l’Université d’Ottawa depuis 2008. Il est désormais chargé de cours à l’Université Carleton.

Le cabinet du ministre fédéral de la Justice, David Lametti, est bien au fait de la décision de la justice française de tenir un procès sur la participation alléguée de M. Diab à l’attentat de la synagogue, mais limite ses commentaires.

« Il serait inapproprié de spéculer sur d’éventuelles demandes d’extradition du DDiab vers la France, a indiqué l’attachée de presse du ministre, Chantalle Aubertin, en soirée. Le Canada est un pays de droit où les extraditions sont guidées par la Loi sur l’extradition, les traités internationaux et la Charte canadienne des droits et libertés. »

Elle a ajouté que la nécessité d’apporter des modifications à la loi « demeure incertaine », mais que les conversations se poursuivent avec les principaux intervenants dans le domaine et les partenaires internationaux du Canada.