Vito Rizzuto a-t-il repris son titre de parrain de la mafia montréalaise? La question se pose alors que, depuis le meurtre du vieux mafieux Joe Di Maulo, le 4 novembre à Blainville, les morts et les blessés s'accumulent dans le camp de ses ennemis.

Mis à jour le 24 janv. 2013
Daniel Renaud LA PRESSE

Le dernier en date, Gaétan Gosselin, assassiné à l'arme automatique mardi soir, n'était pas un acteur majeur. Mais c'est ce qu'il symbolisait qui importe. Il était le soutien de la famille de Raynald Desjardins, soupçonné par la police d'avoir pris part au putsch raté contre les Siciliens en 2009-2010. Même s'il n'est pas prouvé que l'ombre de Vito Rizzuto plane derrière cette série de règlements de comptes, c'est ce qu'avancent plusieurs de nos sources, tant dans les milieux policier que criminel et judiciaire.

«Vito, tout le monde l'aime», nous a dit un individu bien ancré dans le milieu criminel. «Il a repris sa place et il est bien entouré», a ajouté un policier. «Il est très fort. Et sa vengeance ne s'arrêtera pas là», a prédit un avocat.

Déjà estimé des criminels dans les beaux jours de son règne, Vito Rizzuto a vraisemblablement gagné du respect en purgeant sa peine sans rien dire, contrairement à des chefs du clan Bonanno, qui se sont mis à la table. Dans ses fiefs de la Petite-Italie ou de Saint-Léonard, personne ne le voit, mais tout le monde parle de lui, qu'on surnomme respectueusement Zio (oncle, en italien), comme son père.

Immédiatement après sa libération, le 5 octobre dernier, Vito Rizzuto a séjourné à Toronto, pour mesurer ses appuis et obtenir des feux verts, disait-on. Mais se pourrait-il que ce soit plutôt pour annoncer qu'il reprendrait sa place, lui que certaines de nos sources considèrent non pas comme le parrain de la mafia italienne de Montréal, mais bien comme le chef de toute la mafia canadienne? Peut-on pousser plus loin la réflexion et se demander s'il a même seulement perdu son titre durant sa longue détention?

En Ontario, la mafia est essentiellement calabraise, alors qu'elle est surtout sicilienne à Montréal. Vito Rizzuto, qui s'est de nouveau établi dans la région métropolitaine, bénéficie donc de forts appuis qui ont attendu patiemment son retour, dans l'ombre, surtout pendant et après la chute du clan, scellée par la mort du patriarche Nicolo sous les yeux de sa femme et de sa fille, il y a deux ans. C'est le retour du balancier, et l'heure de la vengeance a sonné.

Depuis son retour, des acteurs importants de la mafia et du crime organisé se sont ralliés à lui alors que d'autres ont été contraints de se retirer et de céder leurs «activités», nous ont confié nos sources. «Plus le temps passe, plus il devient fort», nous a-t-on dit.

Ces informateurs s'imaginent mal que Vito Rizzuto soit simplement allé prendre du soleil en République dominicaine, où il serait facile pour lui de faire des rencontres et de renforcer encore sa position.

Mais si Vito Rizzuto est en voie de reprendre son titre, sa situation est encore fragile. Selon nos sources, certains de ses ennemis ont été avisés par des policiers ou des avocats que leur vie était en danger, mais ils ont encore suffisamment de force et d'appuis pour contre-attaquer. Le sang devrait donc encore couler à Montréal. On saura si Vito Rizzuto sera officiellement remonté en selle lorsque les citoyens de la Petite-Italie et de Saint-Léonard le croiseront dans la rue en l'appelant Zio.

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Attentats durant la détention de Vito Rizzuto (du 20 janvier 2004 au 5 octobre 2012)

21 août 2009

Federico Del Peschio, ami de Vito Rizzuto, est tué dans le stationnement de son restaurant, La Cantina, boulevard Saint-Laurent.

28 décembre 2009

Le fils aîné de Vito Rizzuto, Nick Jr, est assassiné en pleine rue, à deux pas des bureaux de l'entrepreneur Antonio Magi.

20 mai 2010

Le beau-frère de Vito Rizzuto et consigliere du clan des Siciliens, Paolo Renda, est enlevé près de chez lui, boulevard Gouin. Il n'a jamais été revu depuis.

29 juin 2010

Agostino Cuntrera, qui avait pris le poste de parrain de la mafia de Montréal, est tué avec son garde du corps devant son entreprise légitime de Saint-Léonard.

29 septembre 2010

Ennio Bruni, dernier fidèle soldat à défendre les intérêts des Siciliens sur le terrain, est tué en sortant du café Bellerose, à Laval.

10 novembre 2010

Le patriarche du clan et père de Vito Rizzuto, Nicolo, est tué dans sa cuisine, sous les yeux de sa femme et de sa fille.

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Attentats depuis la libération et le retour de Vito Rizzuto

4 novembre 2012

Joe Di Maulo, mafieux de longue date et beau-frère de Raynald Desjardins, est tué au moment où il rentre à la maison, à Blainville.

15 novembre 2012

Tony Gensale, 43 ans, est tué par erreur à la sortie d'un gym du boulevard Saint-Laurent. Les meurtriers l'ont pris pour Giuseppe Fetta, que la police lie au chef de clan Giuseppe De Vito, alias Ponytail.

17 novembre 2012

Mohamed Awada, un autre individu présumément lié à Giuseppe De Vito, est assassiné au moment où il rentre chez lui, rue Leblanc.

8 décembre 2012

Emilio Cordileone, 50 ans, est battu à mort et abandonné dans son luxueux VUS garé dans la rue. Il était parent avec le propriétaire d'un bar contrôlé par Giuseppe De Vito, où un meurtre avait été commis en août précédent.

17 décembre 2012

Giuseppe Fetta est victime d'une tentative de meurtre dont il pourrait conserver de graves séquelles, selon certaines informations. Ce crime pourrait être lié au meurtre d'Ennio Bruni.

21 décembre 2012

Un homme entre dans le café Domenica-In, contrôlé par Giuseppe De Vito, selon la police, et ouvre le feu, tuant Domenico Facchini et blessant un client.