Est-ce que Ghislain Vallerand, membre du noyau dur de la section des Hells Angels de Sherbrooke, pourrait avoir choisi de vivre en marge de la société notamment en raison de ses racines autochtones ?

DANIEL RENAUD LA PRESSE

C'est l'hypothèse avancée par ses intervenants en milieu carcéral et qui est développée dans une décision étoffée que vient de rendre la Commission des libérations conditionnelles du Canada envers le motard de 56 ans.

En 2013, Vallerand, comme plusieurs autres Hells Angels arrêtés et accusés dans la foulée de l'opération SharQc, avait plaidé coupable à une accusation réduite de complot pour meurtre et avait été condamné à huit ans et trois mois de pénitencier. 

Or, il a demandé une réduction de peine devant la Cour d'appel, à la suite de la fin abrupte du processus judiciaire de SharQc à l'automne 2015, et a obtenu gain de cause. 

Il vient d'être libéré après avoir purgé les deux tiers de sa peine, mais un commissaire l'assigne à une maison de transition durant au moins six mois et lui impose d'autres conditions, parce que Vallerand conserve une « affiliation active » avec les Hells Angels, qu'il ne manifeste aucun remords, que les risques de récidive sont élevés et que le potentiel de réinsertion sociale est faible.

« Un sentiment d'injustice »

Mais là où la décision sort un peu des sentiers battus, c'est lorsque la commission aborde le fait que Vallerand se décrit comme un Métis de la communauté micmaque. Il n'a jamais vécu dans une réserve, mais a pris part à certaines activités familiales selon un mode de vie traditionnel lorsqu'il était jeune, comme la chasse, la pêche, la trappe et la cueillette de plantes médicinales.

Même si Vallerand dit n'être associé à aucune communauté autochtone, ses intervenants croient que ses racines pourraient expliquer, en partie du moins, pourquoi il a adopté un comportement antisocial.

« [Vos intervenants] soumettent l'hypothèse que les conflits historiques et actuels entre les collectivités autochtones et le gouvernement pourraient avoir favorisé une méfiance générale et une attitude oppositionnelle envers le cadre et les normes sociales chez vous. »

« Un sentiment d'injustice pourrait vous avoir poussé vers une position de rejet du mode de vie pro social et avoir contribué à justifier et apporter une certaine légitimité à vos actes délinquants. [...] Vos intervenants ajoutent que certaines valeurs et visions, favorisant le rejet des lois et de l'autorité, ont pu être transmises par vos générations antérieures, considérant l'historique des peuples autochtones au Canada », écrit notamment le commissaire.

Responsable du renseignement

À ses intervenants, Vallerand a raconté avoir quitté les études après sa cinquième secondaire pour intégrer le marché du travail. Il s'est impliqué dans le hockey et a eu sa première moto à l'âge de 12 ans. À 18 ans, il a abandonné le hockey et a commencé à consommer de l'alcool puis de la drogue. Il a débuté dans la vente de stupéfiants à la fin des années 80.

Selon la police, durant la guerre des motards, Vallerand était responsable des photos des ennemis et de l'ordinateur qui avait été volé à un policier par les motards et copié ensuite. Il aurait été responsable de la cache d'armes de la section de Sherbrooke, aurait planifié des meurtres, effectué de la garde armée et conduit des véhicules de fuite.

Durant sa détention, le motard a eu un comportement conformiste en général, sauf à deux reprises : en 2013, lorsqu'il est entré dans la cellule d'un codétenu et qu'il en est ressorti ensanglanté, ayant vraisemblablement battu l'autre prisonnier, et en 2016, lorsqu'il a retardé le dénombrement officiel.

La Commission souligne que la libération imminente de Vallerand est une préoccupation pour les autorités.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.

Photo Archives La presse

Lors de son arrestation en 2013, Ghislain Vallerand était membre de la section des Hells Angels de Sherbrooke.