« Face de constipée », « elle me lève le cœur », « elle me fait chier »… La belle-mère de la fillette de Granby avait un sentiment d’aversion envers l’enfant et elle ne se souciait pas de sa mort, a soutenu le procureur de la Couronne, MJean-Sébastien Bussières, lors de ses plaidoiries. L’avocat a lu, mardi matin, une vingtaine de textos que l’accusée a écrits au sujet de la victime, entre le 13 novembre 2018 et le 29 avril 2019, soit le jour du drame.

Publié le 7 déc. 2021
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Ces textos, souvent ponctués de sacres, avaient été remis au jury dans une liasse de documents, mais ils n’avaient jamais été lus à voix haute lors du procès de la femme qui est accusée de meurtre non prémédité et de séquestration. À un moment, la femme dit qu’elle n’est plus capable de regarder l’enfant de 7 ans, ou encore qu’elle va la « laisser dans sa pisse ».

« Demandez-vous si vous croyez [l’accusée] quand elle vous dit qu’elle voulait protéger [la victime] en ajoutant du ruban adhésif le 29 au matin, a lancé MBussières aux 14 jurés. Demandez-vous ensuite si les gestes du 29 avril ne s’inscrivent pas plutôt dans le continuum d’animosité qui l’habite depuis si longtemps, comme on vient de le lire. Demandez-vous si son témoignage n’est pas cousu de fil blanc. »

Lors de son témoignage, la belle-mère a admis avoir ajouté une dizaine de tours de ruban adhésif autour de la fillette qui était déjà attachée dans du papier collant, le matin du 29 avril. Elle a nié avoir couvert son nez et sa bouche. La femme de 38 ans voulait éviter que l’enfant ne se blesse avec un meuble en attendant un rendez-vous en pédopsychiatrie, prévu l’après-midi même, a-t-elle dit.

« Exaspérée »

Le procureur de la Couronne a plutôt soutenu que la belle-mère était « exaspérée » par la fillette qui criait et qui tentait de « retrouver sa liberté ».

Pour l’immobiliser complètement, [l’accusée] s’est assurée de l’attacher “bin comme il faut” en l’enroulant notamment à la hauteur de son visage, dans plus d’une direction, et causant son décès.

Le procureur de la Couronne,
MJean-Sébastien Bussières

Il a souligné que même si les deux pathologistes, l’une pour la Couronne et l’autre pour la défense, n’arrivent pas aux mêmes conclusions quant aux causes du décès, les deux expertes s’entendent sur un élément : « N’eût été [le] ruban adhésif sur le petit corps de [la victime], celle-ci serait encore vivante et on ne serait pas devant vous aujourd’hui », a souligné MBussières.

Le procureur a rappelé que le ruban utilisé n’est pas « du petit scotch tape », mais du « ruban de déménagement » de cinq centimètres de largeur. « À la base, d’apposer des couches de ruban comme ça, de le faire passer par-dessus la tête, les cheveux, devant le visage, est-ce que ça constitue un danger de nature à causer probablement la mort d’un enfant ? Posez-vous cette question. »

Pour répondre à cette question et aux nombreuses autres, le procureur a prié les 14 jurés d’utiliser « leur gros bon sens ».

Ce mercredi, le juge Louis Dionne présentera ses directives aux 14 jurés. Douze d’entre eux entameront ensuite leurs délibérations, plus tard en journée ou jeudi. Le procès du père, lui, doit avoir lieu dans quelques semaines.

Des textos écrits par l’accusée dans les semaines précédant la mort de la fillette

14 janvier 2019

« [La victime] ne veut pas full me voir. Face de constipée. Je l’envoie dans sa chambre. »

13 février 2019

« Depuis la fin de semaine, elle vide son pot dans son linge sale, dans ses toutous, pis les kleenex. C’est pour son nez et elle se torche avec. Elle s’est créé une poubelle de kleenex à pipi. C’est dégueulasse. […] Tout son linge est imbibé de plusieurs jours d’urine. Je suis en crisse. Elle va faire des histoires d’exercices toute la journée. »

22 février 2019

« Elle dit qu’elle n’aime pas les piments alors elle va continuer à les pitcher. Je lui réponds qu’elle va passer une fin de semaine de marde parce qu’elle a une habitude de marde. »

15 mars 2019

« Joualvert ! [La victime] arrive. Je suis désolée, mais elle me décourage royalement. Désolée, mais je ne suis pas capable de la regarder. »

15 mars 2019

« Juste sa face me décourage. »