Quelques heures avant d’être arrêté à Montréal en février 2019, le tueur à gages Frédérick Silva a consulté à distance, avec l’aide d’un téléphone cellulaire, une balise GPS installée sous la voiture du chef de clan de la mafia Salvatore Scoppa.

Publié le 2 déc. 2021
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

C’est ce que révèlent des éléments de preuve déposés par la poursuite, il y a deux semaines, mais qui étaient couverts par un interdit de publication jusqu’à mercredi.

Frédérick Silva, 40 ans, avait déjà tenté de tuer Salvatore Scoppa à la sortie d’un restaurant de Terrebonne en février 2017, mais il n’était parvenu qu’à blesser le chef de clan de la mafia.

Scoppa a finalement été assassiné par un autre tueur, sous les yeux de dizaines de témoins, dont des enfants, dans le hall d’un hôtel de Laval en mai 2019.

Frédérick Silva a été accusé de la tentative de meurtre sur Salvatore Scoppa, survenue à Terrebonne en février 2017, et des assassinats d’Alessandro Vinci, d’Yvon Marchand et de Sébastien Beauchamp, commis à l’automne 2018.

Mais il y a deux semaines, après presque deux mois de procès, Silva a mis fin à celui-ci en déclarant que la poursuite avait présenté une preuve probante pour chacun des chefs déposés contre lui.

Ce coup de théâtre est survenu au moment où un témoin enquêteur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) s’apprêtait à énumérer tout ce qui avait été trouvé dans le condo du 71, rue Duke, à Montréal, où Silva se terrait et où il a été arrêté après deux ans de cavale.

Nom de contact : camnoir

Des téléphones cellulaires ont notamment été trouvés par les enquêteurs dans le condo. L’analyse de ceux-ci leur a permis d’effectuer plusieurs liens et de renforcer leur preuve sur les quatre crimes dont Silva était accusé.

Ainsi, l’un des appareils trouvés a été utilisé le 22 février 2019 – jour de l’arrestation de Silva – pour interroger une balise GPS installée sous la voiture de Salvatore Scoppa un mois plus tôt.

Le nom que Silva avait inscrit pour désigner le contact associé à ce dispositif GPS était camnoir, ce qui correspond à la Toyota Camry blindée noire que conduisait Scoppa.

Des appels ou messages effectués sur des téléphones saisis ont également transité sur des tours de communication situées près des lieux des meurtres de Vinci, Marchand et Beauchamp le jour des crimes. Chaque fois, ces téléphones ont quitté les environs du 71 de la rue Duke avant les meurtres et y sont revenus après les crimes.

Il appelle un taxi

Après l’assassinat de Beauchamp le 20 décembre 2018, Silva a utilisé une application mobile pour joindre une entreprise de taxi et a demandé d’être conduit au 71, rue Duke. Constatant son erreur, il a appelé l’entreprise et a demandé d’être conduit à une autre adresse. Silva, qui utilisait le nom de Michael Vincinni à  moment, s’est identifié sous le nom de Mike. Mais la conversation avec l’entreprise de taxi a été enregistrée et conservée, et un enquêteur a reconnu la voix de Frédérick Silva.

Un même téléphone cellulaire trouvé dans le condo a transité sur les tours de communication situées près des lieux où Marchand et Beauchamp ont été tués, le jour de chacun des meurtres.

Les policiers ont aussi découvert chez Silva une balise GPS de la même marque et du même modèle que les balises trouvées sous les véhicules de Scoppa et de Beauchamp.

La balise sous le véhicule de Beauchamp a été installée le 17 décembre (trois jours avant son assassinat) et interrogée plusieurs fois le jour du meurtre par l’un des téléphones cellulaires trouvés au 71, rue Duke.

La preuve démontre qu’après les meurtres de Marchand et de Beauchamp, Silva a fait des recherches sur ces évènements sur l’internet.

Beauchamp traqué

Silva et un complice, Giovanni Presta fils, ont utilisé une Chevrolet Malibu louée le jour du meurtre de Beauchamp. Les policiers ont retrouvé la voiture et analysé son GPS. L’analyse démontre que le véhicule aurait servi à traquer Beauchamp dans les jours précédant le meurtre et que la traque a cessé après le crime.

L’arme abandonnée dans le bureau d’Alessandro Vinci et l’une des trois armes laissées sur la scène du meurtre de Sébastien Beauchamp proviennent d’un même lot de quatre armes acquises en Caroline du Nord en mai 2018.

Toutes les armes ayant servi aux trois meurtres étaient munies d’un silencieux de fabrication artisanale comme ceux découverts chez Giovanni Presta.

Son ADN dans un masque

Selon des témoins, Frédérick Silva portait un masque de personne âgée lorsqu’il a tué Sébastien Beauchamp. Chez Silva, les policiers ont retrouvé un masque de personne âgée contenant l’un de ses cheveux et son ADN.

Les limiers ont également saisi un sac à bandoulière, un sac à dos, un manteau et des gants contenant des résidus de tirs par arme à feu et l’ADN de Silva, et des lunettes et des souliers semblables à ceux qu’il portait lors de certains meurtres.

La prison à vie

Frédérick Silva a reconnu tous ces éléments présentés par la poursuite, mais n’a pas reconnu sa culpabilité, car il veut conserver un droit d’en appeler de décisions rendues par le juge Marc David, de la Cour supérieure, avant le procès.

Il sera déclaré coupable par le juge sur les quatre chefs de tentative de meurtre et de meurtre à la fin de janvier.

Mercredi, le juge David a expliqué à Silva qu’il devrait le condamner à une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Il a parlé de la condamnation d’emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 40 ans prononcée contre Alexandre Bissonnette, auteur de plusieurs meurtres à la Grande Mosquée de Québec, cassée ensuite par la Cour d’appel.

Le juge a précisé qu’il ne pouvait rendre une telle décision en vertu de l’état actuel du droit.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.