Quinze ans après avoir sauvagement assassiné la jeune Brigitte Serre de 72 coups de couteau à Montréal, Sébastien Simon tente de recouvrer sa liberté avant d’avoir purgé 25 ans de prison grâce à la « clause de la dernière chance ». Une demande qui survient tout juste après son troisième refus de permissions de sortir.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

Le meurtre gratuit de Brigitte Serre avait choqué le Québec en janvier 2006. Sébastien Simon, 18 ans, avait cambriolé une station-service de Saint-Léonard avec deux complices, alors que Brigitte Serre l’avait dénoncé quelques jours plus tôt pour un vol de 125 $. Ligotée et enfermée dans les toilettes par le complice Tommy Gagné, l’adolescente de 17 ans avait réussi à prendre la fuite.

Mais quand Brigitte Serre a reconnu son ex-collègue, Sébastien Simon l’a attaquée violemment en la rouant de coups de pied au visage et à la tête, en plus de la frapper avec des bouteilles de bière. Le meurtrier a ensuite traîné sa victime dans la salle de bain pour l’achever de pas moins de 72 coups de couteau. « Je lui ai fait mal, la chienne. », a-t-il lancé à ses complices.

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Anna-Maria Repele, mère de Brigitte Serre, en 2019

Après le meurtre, Sébastien Simon avait festoyé avec ses complices en se payant des prostituées. Il s’était ensuite fait tatouer « Born to kill – Born to die » sur ses avant-bras. Il a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Mais après 15 ans d’incarcération, Sébastien Simon n’est plus le même homme et ne représente plus un danger pour la société, a insisté vendredi son avocate, MSandra Brouillette. « Il s’est amendé à tous les niveaux. […] Il bénéficie de l’appui de tout le monde », a-t-elle plaidé devant la juge France Charbonneau de la Cour supérieure. Plusieurs membres de la famille de Brigitte Serre ont assisté à l’audience au Centre de services judiciaires Gouin.

En vertu de sa demande de révision – souvent surnommée « clause de la dernière chance » –, l’homme de 34 ans veut convaincre un jury de réduire sa période d’inadmissibilité à la libération conditionnelle. Cette mesure abolie par le gouvernement Harper en 2011 demeure accessible pour les meurtriers condamnés antérieurement qui ont purgé plus de 15 ans.

Cependant, à cette étape préliminaire, la juge Charbonneau doit d’abord trancher s’il existe une « probabilité marquée » qu’un jury accueille la requête de Sébastien Simon. Précisons que si un jury donnait raison au meurtrier, son sort serait ensuite entre les mains de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC), qui pourrait refuser de le libérer.

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Sébastien Simon

Le procureur de la Couronne MPhilippe Vallières-Roland a insisté sur « l’atrocité des crimes » de Sébastien Simon pour s’opposer à sa demande. « Monsieur n’a jamais eu encore de sorties. Comment peut-il convaincre un jury de 12 personnes de sortir 10 ans, 9 ans avant sa peine ? La pente est difficile à remonter », a-t-il plaidé.

« Vous avez raison », a rétorqué la juge Charbonneau. À ses yeux, la probabilité marquée qu’un jury autorise Sébastien Simon à s’adresser « maintenant » à la Commission est « nulle ». « Mais [qu’un jury] l’octroie dans 4 ou 5 ans, elle est très grande », a ajouté la juge. « Alors, revenons dans cinq ans », a renchéri MVallières-Roland.

MSandra Brouillette a brossé un portrait particulièrement favorable de son client. Depuis une dizaine d’années, Sébastien Simon a un dossier carcéral presque sans tache. De plus, il se trouve dans une aile de sécurité minimum et a été nommé président du comité des détenus. « Il y a plein d’aspects positifs [à son dossier]. Le risque est assumable », a-t-elle fait valoir.

Sébastien Simon est d’ailleurs sorti à 32 reprises de détention pour des raisons médicales, à chaque fois sans menotte et à bord d’un véhicule banalisé, a souligné MBrouillette. L’équipe de gestion de cas du meurtrier demeure « derrière lui » malgré ses trois refus de sorties par la CLCC, a aussi insisté MBrouillette.

Dans une décision du 31 août dernier, la Commission a refusé d’accorder à Sébastien Simon des permissions de sortir avec escorte pour rapports familiaux. À l’audience, le meurtrier a abordé son crime pour la première fois.

« Vous avez expliqué la violence déployée envers la victime par des émotions négatives fortes que vous n’avez pas été en mesure de gérer et qu’une perte de contrôle s’en est suivie », rapporte la décision de la CLCC.

La Commission reconnaît que Sébastien Simon n’a pas démontré de violence depuis des années et qu’il présente maintenant une cote de sécurité minimum. Or, la Commission rappelle qu’il ne faut pas « perdre de vue [son] grand potentiel de violence ». Les commissaires n’ont pas été « entièrement » satisfaits des réponses du meurtrier en audience et soutiennent qu’il doit continuer de travailler avec ses intervenants.

La juge Charbonneau a pris l’affaire en délibéré.