(Halifax) La femme du tireur qui a tué 22 personnes en Nouvelle-Écosse a déclaré à la police que la nuit où il avait commencé son massacre, son conjoint l’avait battue et avait ouvert le feu en sa direction. Elle a dit avoir supplié pour sa vie avant de réussir à s’échapper.

Michael Tutton
La Presse Canadienne

Des documents juridiques indiquent également que l’agression de Lisa Banfield par son conjoint de fait Gabriel Wortman dans la nuit du 18 avril n’était pas le premier évènement de ce type et qu’il avait été violent à son endroit dans le passé, mais qu’elle n’avait signalé aucun de ces évènements.

Les détails d’une dispute entre Mme Banfield et Gabriel Wortman et l’attaque qui a suivi contre elle sont inclus dans une déclaration qu’elle a fournie à l’agent de la GRC Terry Brown le 19 avril, qui a été utilisée dans le cadre d’une demande de mandat de perquisition par la police.

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Gabriel Wortman

Après son assaut sur Mme Banfield et son évasion, Gabriel Wortman a amorcé un périple meurtrier, qui n’a pris fin que le lendemain après qu’un policier l’eut abattu dans une station-service à Enfield, en Nouvelle-Écosse.

Selon le récit de Mme Banfield, une dispute a commencé lors d’une soirée pour célébrer le 19e anniversaire de leur rencontre à « l’entrepôt », l’un des bâtiments que le tireur possédait à Portapique. Lors d’un appel par FaceTime pour discuter de la tenue d’une « cérémonie d’engagement » pour leur 20e anniversaire, un ami avait suggéré de « ne pas le faire », indique la déclaration.

Mme Banfield affirme qu’elle était bouleversée et avait indiqué qu’elle quittait la fête, ce qui avait mis son conjoint en colère. Elle a dit à l’agent qu’elle regrettait et était revenue pour s’excuser, mais que Gabriel Wortman était « déjà fou », et elle a repris son chemin vers leur chalet à Portapique.

« Mme Banfield est allée se coucher et Gabriel Wortman est entré et lui a arraché les couvertures et a commencé à la battre… lui a dit de s’habiller et a affirmé : « C’est fait » », selon le document.

Il est relaté que l’homme a versé de l’essence autour du chalet, a dit à Mme Banfield de sortir une arme à feu du chalet et l’a ensuite obligée à marcher devant lui vers l’entrepôt afin d’y verser également de l’essence.

La déclaration dit qu’il ne lui a pas permis de marcher derrière lui et « lui a arraché ses chaussures ». À un moment donné, elle a commencé à courir pour s’enfuir, mais a trébuché et est tombée.

« (Gabriel) Wortman l’a ramassée par les cheveux et a commencé à la tirer vers l’entrepôt. Wortman a essayé de la menotter, mais il n’a passé qu’une seule menotte, puis il a commencé à tirer au sol autour d’elle », indique le document.

« Lisa Banfield a supplié Gabriel Wortman de ne pas la tuer. Il a de nouveau ouvert le feu, puis l’a mise à l’arrière de la voiture de police, et est monté à l’étage dans l’entrepôt. » Le tireur possédait plusieurs véhicules de police mis hors service.

Selon la déclaration, elle a réussi à briser la vitre de la voiture et à s’en extirper, puis a couru dans les bois.

Elle s’est cachée toute la nuit avant de se rendre chez un voisin, où la police l’a rencontrée et a recueilli une déclaration d’elle à 6 h 30.

Un autre témoin, décrit dans les documents comme « un charpentier et ami de Gabriel Wortman », a déclaré à un agent lors d’un entretien qu’il avait entendu Mme Banfield dire dans le passé que Gabriel Wortman avait « mis un pistolet sur sa tête ».

Mme Banfield accusée

Mme Banfield, 52 ans, fait partie des trois personnes accusées d’avoir transféré illégalement des munitions, en particulier des cartouches Remington de calibre .223 et des cartouches Smith et Wesson de calibre .40, au tireur au cours du mois précédant le massacre.

Cependant, la police a noté qu’elle et d’autres n’avaient « aucune connaissance préalable des actions du tireur ».

Plusieurs groupes qui défendent les femmes victimes de violence ont critiqué les accusations portées contre Mme Banfield, citant les preuves d’agressions antérieures contre elle et le contrôle coercitif que le tireur avait sur sa vie.

La violence conjugale est examinée comme un aspect de la fusillade de masse, et une enquête publique a notamment été mandatée pour examiner « les facteurs contributifs et contextuels, y compris le rôle de la violence sexiste et entre partenaires intimes ».