Une femme arrêtée à Montréal il y a quelques jours pour le meurtre d’un octogénaire survenu le mois dernier, a commis plusieurs actes de violence depuis plus de 10 ans mais chaque fois, elle a reçu un verdict de non-culpabilité pour troubles mentaux, et obtenu la permission de quitter l’établissement psychiatrique, le plus souvent sous certaines conditions.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

La femme, Julie Loiselle, 44 ans, a fait l’objet de plusieurs décisions du Tribunal administratif du Québec - de la part de juges siégeant dans le cadre de la Commission d’examen des troubles mentaux - que le quotidien The Gazette a été le premier à rapporter mercredi.

Dans ces décisions, on apprend notamment qu’entre 2007 et 2016, l’accusée a frappé une femme âgée avec un cadre et tenté d’étrangler une fillette de 5 ans en la soulevant avec le foulard enroulé autour de son cou. Elle a aussi menacé le père de l’enfant avant de soulever son chandail et d’exhiber sa poitrine.

Toujours selon les décisions du TAQ, Mme Loiselle a aussi et notamment roulé dangereusement sur une autoroute en pleine tempête de neige, menacé de dynamiter une buanderie, s’est fait passer pour une agente de la paix auprès de deux adolescents à la sortie d’une école secondaire et les a menacés de mort, a accusé faussement une tierce personne d’avoir été en possession d’une arme et trompé un policier, menacé un employé d’un hôtel avec un pistolet de plastique avant de l’embrasser, lancé une roche sur une auto-patrouille, lui causant des dommages, pendant que les policiers interpellaient un citoyen, s’est introduite dans une maison en brisant une fenêtre pour voler les clés d’une voiture qu’elle a voulu démarrer en vain car elle n’avait plus de batterie, a sorti un marteau et un couteau durant une dispute avec un ami, a lancé une tasse de café au visage d’un colocataire, craché au visage d’une personne, entravé le travail des policiers et volé de la nourriture et des objets dans des épiceries et pharmacies.

Mort depuis 10 jours

Julie Loiselle a été arrêtée en fin de semaine dernière et accusée lundi du meurtre non prémédité de Pierre Ouellet, 83 ans. Elle demeure détenue en attendant la suite des procédures. La cause a été reportée au 19 mai.

Le corps de M. Ouellet a été trouvé dans un état de putréfaction avancée, dans son logement du secteur Ahuntsic-Cartierville, le 29 mars dernier. Au départ, les policiers ont considéré l’affaire comme une mort suspecte mais des indices constatés sur place les ont amenés à conclure qu’il s’agissait d’un meurtre.

Selon la dénonciation, le crime aurait été commis le 20 mars, donc neuf jours avant que le corps soit découvert. La police n’exclut pas que l’homme ait été tué avec l’aide d’un objet contondant.

Selon une source, la victime et la suspecte étaient des connaissances. Il est possible que la prostitution et la consommation de stupéfiants puissent être des éléments en toile de fond de cette affaire. Il est écrit adresse inconnue sur l’acte d’accusation de Mme Loiselle.

Consommation précoce

Selon les décisions du TAQ, la femme a commencé à consommer de l’alcool régulièrement à l’âge de 12 ans et du cannabis de façon soutenue un an plus tard.

Elle a fini ses études secondaires et a travaillé comme cuisinière dans un hôtel durant 11 ans.

C’est en 2006, après une rupture amoureuse, que sa vie a basculé.

Celle-ci a ensuite été ponctuée d’épisodes d’itinérance, d’hospitalisations, de périodes plus calmes, de crises, d’arrestations et de séjours en prison.

Son diagnostic, selon les documents, est : trouble de la personnalité antisociale et limite, trouble dû à l’usage du cannabis et de l’alcool et trouble de l’humeur et psychotique induit par les substances, avec diagnostic différentiel de maladie affective bipolaire.

En 2016, elle a admis faire de la prostitution, notamment pour rembourser des dettes de drogue.

Même si elle a déjà été expulsée d’un programme en toxicomanie, Julie Loiselle a fait des efforts pour s’en sortir, alternant les périodes d’abstinence et de rechute, se trouvant un logement, de petits emplois, voulant retourner à l’école pour notamment suivre des coups de cuisine, manifestant un intérêt pour suivre des cours de karaté, faisant l’acquisition d’un chat pour se responsabiliser et annonçant son intention de déménager, pour ne plus avoir accès à la drogue.

Un médecin cité dans les documents affirme que sa dangerosité est chronique. « Sans consommation de drogue, l’accusée n’est pas dangereuse », peut-on également lire dans l’une des décisions.

Dans une décision rendue en septembre 2016, un juge administratif a conclu que la femme représentait un risque important pour la sécurité du public mais que ce risque pouvait être adéquatement maîtrisé par un cadre serré et des conditions, entre autres de ne pas consommer ni drogue, ni alcool.

Quatre mois plus tard, dans une autre décision, le même juge a conclu qu’elle ne représentait plus un risque important pour la sécurité du public et l’a libérée inconditionnellement.

« Il ressort en effet que l’accusée collabore entièrement à son traitement, tant sur le plan du suivi que sur le plan de la prise de la médication. Elle collabore également à sa réinsertion sociale par son projet d’éventuellement retourner sur le marché du travail », peut on lire à la fin de la décision de neuf pages rendue le 3 février 2017.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918 ou écrivez à drenaud@lapresse.ca