Un individu lié à la mafia et condamné à l’une des plus longues peines pour trafic de drogue à avoir été prononcées au Québec vient d’être libéré d’office sous de sévères conditions, en raison des forts risques de récidive, craignent son agent de libération et les commissaires aux libérations conditionnelles.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Vincenzo Armeni, 63 ans, purge depuis 2007 une peine de 19 ans de pénitencier pour trafic de 760 kilogrammes de cocaïne, l’une des plus grosses saisies de drogue de l’histoire du Canada.

Le crime avait été commis alors qu’Armeni était déjà sous le coup d’une autre peine de dix ans pour avoir pris part à un complot de 166 kilogrammes de cocaïne en 1998.

En plus de sa peine, Armeni a été condamné à verser plus d’un million de dollars à l’Agence du revenu du Québec pour les profits supposément réalisés lors de la vente de cocaïne en 2005.

Mafia et cartels

Selon la décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada dont La Presse a obtenu copie, Armeni a déjà été considéré comme un membre de la mafia montréalaise ayant des liens avec des membres des cartels colombiens.

Devant les commissaires aux libérations conditionnelles, Armeni a toutefois nié être un membre de la mafia, mais a admis avoir des liens ou avoir fait des affaires avec elle.

Durant l’audience, l’agent de libération d’Armeni a indiqué que ce dernier ne coopère pas beaucoup avec son équipe de gestion de cas et n’a suivi aucun programme de réinsertion sociale. Il a évalué que les risques que le sexagénaire récidive dans le futur dans des crimes de mêmes natures demeurent élevés.

Lors d’une audience en février 2019, les commissaires aux libérations conditionnelles en étaient venus aux mêmes conclusions et avaient refusé de lui accorder sa semi-liberté en maison de transition ou sa libération conditionnelle totale.

Comme le prévoit la loi, Armeni est aujourd’hui libéré d’office après avoir purgé les deux tiers de sa peine. Les commissaires lui imposent cependant de sévères conditions à respecter pour toute la durée de sa peine, à moins de changements.

Ainsi Armeni doit éviter toute personne ayant des antécédents criminels, ou étant lié à une organisation criminelle, et ne pas entrer dans les cafés et autres établissements licenciés dont il sait qu’ils sont fréquentés par de tels individus.

Armeni doit divulguer toutes ses transactions financières et ne pas posséder ni opérer sa propre entreprise.

Le sexagénaire ne doit pas posséder plus d’un téléphone cellulaire et une carte SIM. Il doit fournir à ses surveillants tous ses relevés d’appels et ses factures, et tous ses accès à des réseaux sociaux.

Il ne peut utiliser une messagerie dont les messages et appels sont cryptés.

Dans la décision, les versions sont contradictoires quant au fait qu’Armeni a remboursé en totalité ou non la dette contractée auprès de l’Agence du revenu du Québec.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le (514) 285-7000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca.