C’est pour détecter des failles de sécurité, et «pour aider son organisation», le Service de police de la Ville de Longueuil, que le policier Marc-Olivier Perron a téléchargé 2400 fichiers d’informations sensibles, sur une carte mémoire, le soir du 17 mars 2016, et apporté celles-ci chez lui.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

C’est ce qu’a martelé mardi le policier de 36 ans à son procès pour utilisation frauduleuse d’un ordinateur et abus de confiance, qui en est à sa troisième semaine, au palais de justice de Longueuil.

Au moment des actes reprochés, Marc-Olivier Perron travaillait au Bureau d’analyse des renseignements criminels (BARC), là où sont acheminées et stockées toutes les informations recueillies par le Service de police de la Ville de Longueuil.

Doué en informatique, il dit avoir eu le mandat verbal de son supérieur immédiat, le lieutenant-détective Martin Valiquette, de vérifier les failles dans la sécurité des données traitées au BARC.

Perron a été arrêté le 7 avril 2016, trois semaines après que l’un de ses supérieurs se soit rendu compte qu’il avait utilisé l’ordinateur et le mot de passe d’une collègue pour télécharger et apporter chez lui des informations sensibles «qui auraient pu mettre en péril la vie d’informateurs», a déclaré la procureure de la Poursuite, Me Geneviève Beaudin, à l’ouverture du procès qui a lieu devant jury.

«Jamais personne ne m’a dit que je ne pouvais pas aller jusque-là. On m’a dit : "Fais tout ce qui est en mon pouvoir (pour découvrir des brèches de sécurité)". C’était toujours dans cette optique-là, pour aider mon organisation, que mes démarches ont été faites.

«Oui, le 17 mars 2016, j’ai peut-être un peu poussé le bouchon, mais je suis toujours resté dans ma limite. Je n’ai jamais inventé quoi que ce soit. Cela faisait toujours partie de mes tâches de faire ce genre d’exploration. Il n’y a jamais personne qui est venu me dire que j’étais allé trop loin. J’avais l’autorisation d’aller jusque-là et j’ai toujours cru que je pouvais le faire», a-t-il déclaré, à la fin de l’interrogatoire en chef mené par son avocate, Me Ariane Bergeron-St-Onge.

1489 autres fichiers copiés

Mais en contre-interrogatoire, Me Beaudin de la Poursuite a confronté Perron avec le fait que vers 2014 ou 2015, avant que le BARC ne soit déménagé dans des bureaux plus sécuritaires, Perron a aussi copié une clé USB appartenant à un collègue et contenant 1489 fichiers dont la nature n’a pas été précisée.

Perron a conservé ces informations durant des mois, jusqu’à ce que les enquêteurs les découvrent lors d’une perquisition effectuée chez lui, le jour de son arrestation, et il a assuré ne les avoir jamais regardées.

Comment voulez-vous trouver une faille si vous ne les consultez jamais? Pourquoi pensez-vous que c’est une faille? Si ce sont les photos des enfants de votre collègue, il n’y en a pas de failles?, lui a demandé la procureure.

«Non, il n’y a pas de failles», a répondu l’accusé.

Marc-Olivier Perron a ajouté n’avoir jamais avisé Martin Valiquette qu’il avait copié la clé de son collègue, alors qu’un peu plus tôt, Me Beaudin lui a fait remarquer que son code de déontologie stipule qu’un policier doit aviser son supérieur immédiatement lorsqu’il constate un crime, une infraction ou toute autre situation qui mérite d’être signalée.

M. Perron a admis que son titre au BARC ne lui permettait pas d’avoir accès aux informations les plus sensibles et qu’il n’a jamais demandé cette autorisation au lieutenant-détective Valiquette.

«Mais on ne m’a jamais dit : "Tu n’as pas accès aux informations plus sensibles." Si, dans le cadre de mon travail, j’ai le mandat de vérifier la sécurité, je vais y aller», a-t-il dit.

L’accusé a aussi admis avoir rencontré une source en compagnie d’un collègue, alors qu’il n’en avait pas le droit.

Marc-Olivier Perron a toujours le titre de policier à Longueuil mais il est actuellement suspendu (à la maison), sans traitement, et il co-dirige une compagnie d’électricité.

Il n’a jamais remis les pieds au BARC ou dans tout autre édifice de la police de Longueuil depuis son arrestation en avril 2016.

Son contre-interrogatoire se poursuivra mercredi matin. Les plaidoiries sont prévues jeudi et vendredi.

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