Accusé de conduite dangereuse, après une poursuite policière qui a fait deux blessés, un Longueuillois tente de remettre en question la légitimité d’un policier qui a participé à la poursuite.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

« À partir de quelle loi prenez-vous votre pouvoir d’autorité ? Avez-vous prêté allégeance à Sa Majesté la Reine en vertu de la loi fédérale de 1985 ? C’est obligatoire de prêter serment », a demandé l’accusé, Sébastien Théodore, au policier Jonathan Vaillancourt.

L’agent Vaillancourt, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), témoignait au procès devant jury de l’homme de 41 ans, qui se défend sans avocat.  

Le policier venait de raconter la chasse à l’homme qui s’est déroulée le samedi 17 novembre 2018 vers 11 h, dans le secteur sud du Plateau Mont-Royal.

Avec plusieurs voitures de police à ses trousses, l’accusé a emprunté des rues en sens inverse et a même roulé sur le trottoir, a relaté l’agent Vaillancourt. Parce qu’il craignait pour la sécurité du public, dans ce quartier très fréquenté, le policier a embouti la voiture du fuyard, une Nissan Leaf, avec son auto-patrouille, à une intersection, pour tenter de l’obliger à s’arrêter.  

Sans succès : après avoir pivoté à 180 degrés, le conducteur a repris la fuite dans l’autre direction. Plus loin, des policiers à pieds ont frappé sa voiture avec leurs matraques, mais l’accusé a continué sa route.  

La poursuite a pris fin sur la rue Sherbrooke, près de l’intersection de la rue Wurtele. Alors qu’une autopatrouille le dépassait sur la droite pour tenter de lui bloquer le passage, l’accusé a donné un coup de volant pour causer une collision, a raconté le policier.  

Les deux voitures sont sorties de la route et ont embouti des poteaux. Au moment de l’accident, une femme qui pelletait son entrée a été fauchée et blessée gravement.

Un policier a aussi été blessé au cours de l’opération.

Poursuite justifiée ?

Sébastien Théodore a interrogé l’agent Vaillancourt sur sa formation en matière de poursuites policières, sur la vitesse à laquelle il roulait et sur les manœuvres effectuées, laissant entendre que la poursuite n’était pas justifiée, puisqu’elle mettait en danger la sécurité du public.

Il a aussi demandé au policier s’il avait vu un de ses collègues pointer une arme à feu dans sa direction.  

L’accusé a fait part de sa frustration de ne pas pouvoir aborder la question du serment d’allégeance à la Reine, après que le juge James L. Brunton, qui préside le procès, eut demandé au témoin de ne pas y répondre.

« Monsieur Théodore, j’ai déjà rendu un jugement là-dessus, et vous ne pouvez pas revenir avec de telles questions, ce n’est pas pertinent », a expliqué le juge Brunton.  

L’accusé a demandé que le jury sorte de la salle pour pouvoir débattre avec le juge de la pertinence du sujet. Il nous est interdit de rapporter la teneur des discussions qui ont lieu en l’absence des jurés, ainsi que de rappeler les événements, pour éviter d’influencer la décision du jury.

« Je ne suis pas satisfait de cette cachotterie-là », a tout de même laissé tomber l’accusé, en présence du jury.

Le procès doit durer cinq semaines.