Une dénonciation venue de l’interne dans un centre de réadaptation de Laval a mené à la suspension de plusieurs employés et au dépôt d’accusations criminelles de voies de fait contre trois d’entre eux, en lien avec des interventions auprès de patients atteints de déficience intellectuelle ou d’autisme.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

L’affaire vient ébranler la résidence Louise-Vachon, un établissement du réseau de la santé qui offre un « milieu de vie transitoire » à des patients qui présentent des troubles graves de comportement. Selon ce qu’a pu confirmer La Presse auprès de deux sources proches du dossier, une personne employée par la résidence a dénoncé plus d’une douzaine de collègues de travail pour des comportements qu’elle jugeait inadmissibles.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval a mené une enquête interne et suspendu une demi-douzaine d’employés. Puis la direction a appelé la police de Laval à la rescousse. La division des crimes majeurs a pris le dossier en main, confirme la sergente Geneviève Major, porte-parole du corps policier.

Le 12 juin dernier, trois employés ont comparu au palais de justice en lien avec au moins deux interventions auprès de patients. Lionel Anthony Beauplan a été accusé de voies de fait, alors que Marie Nicaisse Dameus et Patrick Jean Delly ont été accusés de voies de fait et agression armée. Tous trois demeurent en liberté et reviendront en cour pour la suite des procédures en septembre.

Selon Radio-Canada, qui a été le premier média à rapporter le dépôt des accusations, l’agression armée serait reliée à l’utilisation de walkies-talkies pour frapper certaines victimes alléguées.

« Les personnes sont suspendues sans salaires, mais nous ne pouvons pas commenter l’enquête », a expliqué Pierre-Yves Séguin, porte-parole du CISSS. Selon nos informations, l’enquête se poursuit quant aux autres personnes qui ont été pointées du doigt dans la dénonciation. Des rencontres avec les employés pour recueillir des témoignages sont prévues pour les prochaines semaines.

Joint par La Presse, l’avocat des trois employés accusés, Me François Bordeleau, a souligné qu’il fallait garder en tête le contexte qui entoure les allégations lancées par la dénonciatrice. « Ce sont tous des gens qui travaillent dans des conditions difficiles. Les gens qui sont hébergés à ce centre, ce sont à peu près les plus hypothéqués de la société », dit-il.

« La maison de l’horreur »

La résidence Louise-Vachon est reconnue comme un milieu de travail particulièrement difficile. Depuis des années, les travailleurs de la résidence dénoncent le climat de violence généralisé envers le personnel.

En mars 2018, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) leur a reconnu un droit de refus d’intervenir auprès des patients les plus agressifs, car le danger est trop grand. Il y a un an, La Presse avait obtenu des rapports d’inspection qui faisaient état d’un événement grave lié à la violence chaque semaine pendant deux ans : un usager qui se frappe la tête de toutes ses forces contre les murs et menace d’attaquer quiconque s’approcherait, des employés pourchassés par des patients déchaînés dans les couloirs, d’autres attaqués avec une fourchette, une perceuse, des morceaux de mobilier.

« Autant pour les travailleurs que pour les bénéficiaires, c’était la maison de l’horreur », avait raconté en entrevue Marjolaine Aubé, présidente du syndicat local des préposés aux bénéficiaires affilié à la CSN.

> Relisez notre reportage de 2018 sur la violence à la résidence Louise-Vachon

La direction a investi beaucoup d’argent pour rendre les installations plus sécuritaires depuis un an, mais le droit de refus de travail a été maintenu parce que les syndicats des travailleurs estiment qu’il n’y a toujours pas assez d’agents d’intervention spécialisés dans le contrôle physique des patients en crise.

« Le climat est malsain là-bas. Le droit de refus est toujours en vigueur depuis plus qu’un an et selon nos recherches, c’est le plus long au Canada », déplore Dereck Cyr, porte-parole du syndicat des infirmières affilié à la CSQ.