Le chauffard qui a provoqué une dangereuse poursuite policière l’automne dernier à Montréal en raison de sa philosophie politique libertaire pourra sortir de prison dès aujourd’hui, mais sera privé de permis de conduire pendant un an. Reconnu coupable de conduite dangereuse, Sébastien Théodore a déjà purgé l’équivalent de 16 mois de détention, a relevé le juge James Brunton.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Les convictions politiques et juridiques de l’homme de 41 ans étaient au cœur du procès. Sébastien Théodore considère que toutes les lois provinciales sont illégales. Ainsi, il ne respecte pas l’autorité de la police provinciale ou des membres du Barreau. Il s’est donc représenté seul pendant son procès.

Le 17 novembre 2018, un samedi matin, Sébastien Théodore est contrôlé par un policier de la Sûreté du Québec (SQ) en raison de son permis invalide. Il refuse d’obtempérer et se dirige vers les bureaux de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), une agence fédérale qu’il respecte.  

Il est alors pourchassé par les policiers dans les rues du Plateau-Mont-Royal. Après quelques minutes, il roule à contresens sur plusieurs rues et brûle des feux rouges pour semer les forces de l’ordre. Sur la rue Rachel, une auto-patrouille le percute, mais il continue sa course en sens inverse.  

Sur Sherbrooke Est, il grille deux lumières rouges et braque son volant à droite pour frapper un véhicule de police, lequel percute un lampadaire. Le chauffard finit par perdre le contrôle de son véhicule et percuter lui aussi un lampadaire.

Un policier et une citoyenne sont gravement blessés dans la poursuite. Nancy Carrier conserve de lourdes séquelles physiques et psychologiques de l’accident. Elle a été heurtée par un véhicule, alors qu’elle pelletait son entrée.  

Accusé d’avoir conduit d’une façon dangereuse et d’avoir causé des blessures à deux personnes, alors qu’il fuyait les policiers, Sébastien Théodore a été reconnu coupable par un jury de chefs réduits de conduite dangereuse.  

Selon le juge, ce verdict signifie que le jury a déterminé que l’accusé n’avait pas à assumer seul la responsabilité des blessures des victimes. En effet, deux ordres de mettre fin à la poursuite n’ont pas été entendus ou ont été ignorés par les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

La victime Nancy Carrier reproche d’ailleurs aux policiers d’avoir continué la chasse à l’homme. « Une poursuite policière dans la Ville de Montréal, où il y a des enfants, c’est ça qui m’a le plus troublée. Ça ne doit jamais arriver », a-t-elle confié à La Presse la semaine dernière.

La Couronne réclamait trois ans de détention contre Sébastien Théodore pour dénoncer le « fléau » de la conduite dangereuse. Or, ce dernier n’a aucun antécédent judiciaire depuis 17 ans et détient un dossier de conduite presque vierge, soutient le juge qui qualifie le comportement de Sébastien Théodore de « colérique et intempestif »

De plus, les peines varient d’un an à trois ans en matière de condamnation pour conduite dangereuse causant des blessures, un crime plus grave. Le juge a ainsi condamné l’accusé à un jour supplémentaire, étant donné les 16 mois déjà purgés en détention préventive.