(Québec) Les deux policiers de l’UPAC qui ont enquêté sur Guy Ouellette brisent le silence et réclament une enquête publique sur les fuites médiatiques qui les concernent. Ils menacent aussi de poursuivre les médias de Québecor et de Cogeco pour 8 millions.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

André Boulanger est l’ancien chef des opérations de l’UPAC. Sa conjointe, Caroline Grenier-Lafontaine, était enquêteuse au sein de cette unité. Ensemble, ils ont piloté le « Projet A », l’enquête qui s’est soldée en octobre 2017 par l’arrestation de Guy Ouellette, d’un policier de la SQ affecté à l’UPAC, Stéphane Bonhomme, et d’un retraité de la SQ, Richard Despatie.

Ils soutiennent que leur réputation a été entachée au cours des derniers mois par une série de reportages sur leur manière de conduire l’enquête. Ils craignent par ailleurs que plusieurs enquêtes qu’ils ont menées à l’UPAC se terminent en cul-de-sac, conséquence des fuites.

« Caroline et moi, on a travaillé des années à l’UPAC, a dit M. Boulanger. On a fait de nombreuses enquêtes. Des projets d’enquête sont maintenant devant les tribunaux et on est interpellés par ces procédures judiciaires pour aller témoigner parce que la défense a entendu dans les médias que je suis un délateur et que j’ai fabriqué de la preuve. »

« On devient de faux “star witness” dans un paquet de procédures », a-t-il ajouté.

Les médias de Québecor ont récemment révélé que Mme Grenier-Lafontaine est soupçonnée d’avoir travaillé de façon à « orienter faussement » le Projet A et d’avoir intercepté illégalement les conversations de M. Ouellette.

Quelques mois auparavant, la même entreprise a rapporté que M. Boulanger a accepté de « déballer son sac » au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) au sujet de l’ancien patron de l’UPAC, Robert Lafrenière.

Toutes ces informations sont absolument fausses, ont affirmé M. Boulanger et Mme Grenier-Lafontaine mardi. Ils ont par ailleurs défendu la conduite du Projet A.

« Ce projet-là a été mené avec professionnalisme, avec le souci d’enrayer un cancer qui se propageait, a dit André Boulanger. Et je savais pertinemment que dans les années qui allaient suivre – et on le vit présentement – que des procédures judiciaires seraient torpillées par ces fuites. »

Leur avocat, Guy Bertrand, a également écrit au premier ministre François Legault pour réclamer une enquête publique sur les « fuites policières illégales » touchant ses clients.

C’est la deuxième fois qu’il interpelle le gouvernement de la Coalition avenir Québec. Il a également demandé à l’UPAC d’ouvrir une enquête.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a déjà refusé d’intervenir dans le dossier, affirmant que les documents rendus publics par Québecor avaient été produits en cour dans le cadre d’une affaire judiciaire.