(Québec) La policière qui a piégé le député Guy Ouellette demande à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) d’enquêter sur la publication de documents hautement confidentiels à son sujet dans les médias.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Caroline Grenier-Lafontaine se dit victime d’une campagne de salissage depuis la diffusion d’éléments de l’enquête dont elle fait l’objet.

La semaine dernière, les médias de Québecor ont publié deux documents qui révèlent qu’elle est soupçonnée d’infractions criminelles. On y allègue qu’elle aurait travaillé de façon à « orienter faussement » l’enquête et qu’elle aurait intercepté des communications de manière illégale.

Ces documents – l’un portant l’en-tête de la Sûreté du Québec (SQ), l’autre, du ministère de la Sécurité publique – n’auraient jamais dû se retrouver entre les mains de journalistes et être publiés, soutient l’avocat de la policière, Guy Bertrand.

« Autant au niveau de la remise du document aux médias que de la réception de la publication, il y a des motifs raisonnables de croire qu’un crime a été commis », a-t-il indiqué hier.

« Projet A »

Mme Grenier-Lafontaine a dirigé le « Projet A ». Cette enquête a mené à l’arrestation de Guy Ouellette, d’un policier de la SQ affecté à l’UPAC, Stéphane Bonhomme, et d’un retraité de la SQ, Richard Despatie. C’est elle qui a attiré le député hors de l’Assemblée nationale en lui envoyant des messages du téléphone de M. Despatie.

Les mandats de perquisition en lien avec cette opération ont depuis été cassés par un tribunal. M. Ouellette n’a jamais été accusé en lien avec l’enquête. Il poursuit le gouvernement pour un demi-million de dollars.

Mme Grenier-Lafontaine travaillait avec son conjoint, André Boulanger. Les deux ont été affectés à des tâches administratives lorsque le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) s’est penché sur la conduite du Projet A.

La semaine dernière, Me Bertrand a écrit au premier ministre François Legault pour lui demander d’intervenir dans le dossier.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a refusé. Elle a assuré que son ministère n’est pas à l’origine de la fuite et que les documents ont été divulgués « dans le cadre d’un autre processus judiciaire » touchant l’UPAC.

« Erreur grossière »

Or, répond Me Bertrand, les documents n’auraient jamais dû se trouver dans un dossier accessible au public. Ils y ont été placés soit de manière malveillante, soit à la suite d’une « erreur grossière », argue-t-il.

Dans tous les cas, le ministre de la Sécurité publique, qui chapeaute aussi la SQ, est le propriétaire des documents et en est donc responsable, dit l’avocat de la policière.

Il fait valoir que la diffusion des allégations a causé un tort important à la réputation de sa cliente, d’autant plus qu’elle ne fait face à aucune accusation de nature criminelle.

QS plaide pour un chef civil à l’UPAC

Le prochain commissaire de l’UPAC devrait être un civil, soutient Québec solidaire (QS). Le député Alexandre Leduc y voit la meilleure manière de restaurer l’ordre dans cette unité « gangrénée » par les « guerres de clans ». « Pour casser ce système-là, il faut mettre une personne qui est au-dessus de cela, a-t-il indiqué. Rien de mieux qu’une personne qui vient d’une filière civile, qui n’a pas d’attache policière ou d’historique policier avec un autre service au préalable. » Le gouvernement Legault compte nommer en octobre le successeur permanent de Robert Lafrenière, qui a démissionné il y a près d’un an. Le premier ministre a déjà évoqué l’idée de ne pas nommer un dirigeant issu des rangs policiers. Le Parti québécois s’est lui aussi prononcé en faveur de la nomination d’un civil. Le choix devra être entériné par les deux tiers des députés à l’Assemblée nationale.