Stéphanie Meunier soutient n'avoir jamais battu le petit Jérémy, fils de son conjoint. Elle ne sait pas pourquoi on a trouvé du sang de l'enfant de 4 ans dans différentes pièces du logement où ils habitaient depuis cinq semaines seulement.

Christiane Desjardins LA PRESSE



«Je ne peux pas l'expliquer. Je n'étais pas au courant», a-t-elle dit, mardi, en réponse à cette question posée, chose rare, par les jurés chargés de la juger. La Couronne et la défense venaient de déclarer leur preuve close, dans ce procès commencé il y a un mois, et dans lequel Mme Meunier, 32 ans, est accusée du meurtre prémédité de Jérémy Bastien. Cette accusation est invoquée ici parce que la Couronne soutient que la mort de l'enfant est survenue dans un contexte de harcèlement. Le petit garçon est mort en début de soirée le 6 décembre 2008 d'une hémorragie cérébrale résultant d'un violent coup à la tête, alors qu'il était sous la garde exclusive de Mme Meunier depuis une semaine. Son corps était en outre couvert d'ecchymoses, de la tête aux pieds, devant et derrière, signe qu'il était battu à répétition, selon la thèse de la Couronne.

Lors de son témoignage, qui s'est conclu mardi, Mme Meunier a rejeté le blâme sur son conjoint de l'époque, le père de l'enfant, Francis Bastien. Elle avait fait sa connaissance de Bastien quelques mois auparavant sur un site de rencontres. Mais ce n'est qu'à partir du 1er novembre 2008 qu'ils ont commencé à cohabiter. À partir de ce moment, le petit Jérémy se faisait garder par Mme Meunier plutôt que par sa gardienne habituelle, Émilia Marquez. Il est à noter que cette dernière, ainsi que son fils, collègue de Bastien, avaient remarqué des blessures sur l'enfant. Questionné, l'enfant avait répondu: «Stéphanie bobo.» Une autre fois, l'enfant avait dit que son père l'avait frappé.

M. Bastien est venu témoigner au procès de Mme Meunier. Il a admis avoir déjà frappé son fils, souvent à l'instigation de Mme Meunier, qui l'encourageait à corriger son fils. Quand l'enfant est mort, le père était absent depuis une semaine. Il avait quitté le logement le 30 novembre pour participer à une étude clinique d'une durée de deux semaines menée par une société pharmaceutique. Mme Meunier est donc restée seule avec cinq enfants âgés de 2 à 10 ans - les quatre siens, issus d'une relation précédente, et le fils de M. Bastien, Jérémy.

Pas de répit pour l'accusée

En contre-interrogatoire, le procureur de la Couronne Louis Bouthillier n'a pas laissé de répit à l'accusée, qu'il a questionnée sans relâche pour mettre en évidence les faiblesses de son récit. Il a fait rejouer l'enregistrement de l'appel que l'accusée a fait au 911 vers 18 h le jour du drame. «Excuse-moi, j'ai un enfant qui est tombé au parc mardi et qui est pas mal blessé. Il vient de tomber sans connaissance, ça fait la troisième fois depuis mardi, y est ben magané. J'essaie de lui faire la respiration artificielle, il ne revient pas à lui. Il vient de se cogner la tête d'aplomb, son coeur est faible», a dit Mme Meunier au préposé du 911.

Selon les explications que Mme Meunier a données au procès, elle faisait des gâteaux avec les enfants dans la cuisine quand elle a demandé au petit Jérémy d'aller se laver les mains. Il y est allé, et elle a entendu un gros boum, au point où elle a pensé qu'un téléviseur était tombé par terre. Elle s'est précipitée et a trouvé Jérémy à plat ventre dans le corridor, le visage sur le côté. Il était inconscient et respirait à peine. C'est à ce moment qu'elle a appelé le 911.

«La première chose que vous dites, c'est: il est tombé au parc mardi. Il a de la misère à respirer, et vous parlez de blessures au dos», a dit Me Bouthillier, sceptique.

«Il avait des rougeurs après être tombé au parc. J'étais apeurée, je savais qu'il y avait des marques que Francis avait laissées», a répondu Mme Meunier.

Selon la preuve d'experts de la Couronne, la blessure fatale est survenue dans les heures qui ont précédé la mort. La plupart des autres blessures, dont ce qui semblait être des marques de flagellation, dataient de quelques jours.

Le procès, présidé par la juge Johanne St-Gelais, se poursuivra vendredi, avec les plaidoiries des avocats. L'accusée est défendue par Mes Joëlle Roy et Mathieu Poissant.

Il est à noter que Francis Bastien a lui aussi été accusé dans la foulée de la mort de son fils. Il sera jugé ultérieurement. Il est accusé d'homicide involontaire, de négligence criminelle, de voies de fait et de voies de fait armées.