La Ville de Montréal abandonne son appel d’un jugement la condamnant à verser plus de 115 000 $ à un homme victime de brutalité policière, mettant ainsi fin à un processus judiciaire qui a duré près de 10 ans.

Mis à jour le 30 avril
Frédérik-Xavier Duhamel
Frédérik-Xavier Duhamel La Presse

« Nous accueillons très bien cette nouvelle position de l’administration Plante, même si la décision initiale de porter le jugement en appel a été reçue avec une bonne dose de stress et d’inquiétude », a déclaré Didier Berry sur Facebook la semaine dernière.

« C’est ridicule aussi de penser à toutes ces personnes qui ont été impliquées [pour faire] perdurer ce contexte-là d’injustice pour moi », s’est-il indigné en entrevue, citant les ressources humaines et matérielles mobilisées par la Ville pour défendre les agents fautifs toutes ces années.

M. Berry a poursuivi la Ville et les policiers impliqués dans son arrestation violente en octobre 2012. Il avait alors été battu par trois agents puis accusé de voies de fait et d’entrave au travail des policiers après avoir filmé une autre arrestation à la sortie d’un bar.

En janvier dernier, la Cour supérieure a jugé « que l’arrestation de Monsieur Berry n’était pas justifiée, non plus que l’usage de la force ». Le juge Marc St-Pierre a condamné la Ville et trois agents à verser 115 440,38 $ au demandeur en dommages matériels, moraux et exemplaires, plus les intérêts et l’indemnité additionnelle.

M. Berry avait entre-temps été blanchi des accusations de voies de fait et d’entrave.

Les défendeurs ont initialement fait appel du jugement, mais ils se sont désistés en février, sans donner de motif, d’après un document obtenu par La Presse. L’homme de 43 ans aimerait aujourd’hui s’entretenir avec la mairesse de Montréal, Valérie Plante, « pour essayer de comprendre ce qui est arrivé ». Bien qu’il se réjouisse du résultat, il se dit toujours « inquiet » lorsqu’il pense aux autres victimes coincées dans les méandres du système.

Des dossiers comme le mien, ou celui de [Mamadi] Camara, c’est juste la pointe de l’iceberg.

Didier Berry

« Considérant la judiciarisation du dossier, la Ville de Montréal ne commentera pas », a simplement déclaré par courriel une porte-parole en réponse à nos questions. Lorsque nous avons souligné que le dossier n’était manifestement plus judiciarisé depuis le désistement de l’appel, la relationniste Mélanie Dallaire a indiqué que la Ville « se garde un droit de réserve et n’émettra pas de commentaire supplémentaire à ce sujet ».

Il n’a pas non plus été possible d’obtenir des réponses du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avant la publication de cet article.

Examiner le système

« Je pense que c’est le moment d’examiner notre système de police et notre système de traitement des plaintes », a plaidé le professeur Ted Rutland, un expert en sécurité publique de l’Université Concordia qui faisait également partie du comité de soutien de M. Berry.

Le professeur Rutland déplore les coûts prohibitifs des démarches judiciaires civiles pour les victimes de violence policière. Il en a aussi contre le système déontologique, qui est plus accessible, mais serait hautement biaisé en faveur des agents, selon lui.

M. Berry s’estime chanceux de la conclusion de cette affaire. « J’espère que ça va encourager d’autres personnes à dénoncer des actions comme ça, mais surtout que ça va décourager la police [de récidiver]. »