Valérie Plante n’entend pas utiliser la vingtaine de minimaisons pour sans-abri offertes par Mike Ward, dans la foulée de la mort d’une itinérante survenue dans les derniers jours. Elle veut plutôt s’attaquer à la « pénurie de main-d’œuvre » qualifiée en intervention sociale.

Mis à jour le 24 janvier
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Ce n’est pas d’être contre un projet comme ce que M. Ward propose, au contraire. Mais c’est de le faire de façon cohérente pour que ces gens-là soient pris en charge et qu’on les aide, qu’on soit là pour eux », a-t-elle soutenu en conférence de presse lundi.

Mike Ward avait rappelé ce week-end avoir proposé à la Ville de faire installer 25 abris pour itinérants. Ces cabanes de bois isolées et chauffées sont déjà construites, et ont été offertes à Montréal l’année dernière.

« L’offre tient toujours. On peut se loger confortablement jusqu’à -30. Conçu pour les gens les plus à risque, ceux qui refusent de dormir dans les refuges », a écrit l’humoriste, en précisant que l’installation pourrait se faire en une semaine. « Un simple oui de votre part et personne d’autre va mourir de froid cet hiver », avait-il ajouté, en disant vouloir « aider les gens qui glissent entre les craques du système ».

C’est finalement, entre autres, la Ville de Victoriaville qui accueillera les minimaisons de l’humoriste, a annoncé lundi le maire de la municipalité, Antoine Tardif. D’autres villes ont aussi montré de l’intérêt pour le projet de l’humoriste, a confirmé à La Presse son agent Michel Grenier. « Nous avons été contactés par plusieurs municipalités et tout se place présentement. Comme rien n’est encore livré, je ne peux pas confirmer ou infirmer les endroits de livraison. ». Mike Ward n’accordera pas d’entrevue sur le sujet, a aussi spécifié son agent.

Preuve que le projet est en branle, l’humoriste a fait un appel à tous sur sa page Facebook lundi en fin d’après-midi pour avoir accès à un camion de transport. « Les abris sont sur la Rive-Sud de Montréal et je dois les livrer à 1 h 30 de distance (Centre-du-Québec) », a-t-il écrit.

À Montréal, Valérie Plante affirme que « le problème n’est pas tant l’espace », mais surtout le manque de « personnel qualifié, autrement dit des gens qui peuvent accompagner les personnes en situation d’itinérance » vers les ressources. « C’est pour ça qu’on travaille avec des organismes. C’est ça, la pertinence », a-t-elle dit.

Accompagner d’abord

La réalité des personnes en situation d’itinérance « est complexe, et il y a toutes sortes de parcours », a ensuite affirmé Mme Plante, en se défendant de ne pas être proactive. « Il peut y avoir des gens dans la rue, parce qu’ils ont des traumatismes face à de la violence conjugale, des personnes qui ont des problèmes de consommation, ou des problèmes de santé mentale. Il faut être là, il faut les aider, il faut les accompagner. »

« Ni la Ville ni les organismes communautaires, on aime ça dire non quand on nous offre de l’aide. Personne n’aime ça dire non », a-t-elle aussi dit.

À ses yeux, cette affaire illustre que « plein de gens veulent aider, parce qu’il y a un sentiment d’impuissance face à l’itinérance ». « Je comprends. Les gens ont raison d’être fâchés qu’il y ait des gens dans la rue. Moi aussi, je suis fâchée, moi aussi, je trouve ça inacceptable, mais il faut aller plus loin et se dire comme société : est-ce que normal que depuis 5-10-20 ans, on soit dans un système où l’hiver, on s’occupe des gens en itinérance, on met des refuges, et après, ça retombe ? », s’est interrogée l’élue.

« Ce qu’il faut, ce sont des solutions pérennes. Oui, je veux un toit pour toutes les personnes en situation d’itinérance, oui, c’est ce que je souhaite, mais pour ça, il faut du logement social et des ressources communautaires pour ces gens qui, pas toujours, mais souvent, sont très vulnérables », a-t-elle conclu.

Dans les rangs de l’opposition, le porte-parole en itinérance, Benoit Langevin, a affirmé que « le fait que Mike Ward interpelle la mairesse depuis maintenant deux hivers démontre que ça ne date pas d’hier qu’elle ne maîtrise pas le dossier de l’itinérance ». « Si l’administration Plante avait pris ses responsabilités et qu’elle avait été en mode prévention plutôt qu’en réaction comme nous lui demandons depuis plusieurs années, on n’en serait pas rendus à ce genre de proposition », a-t-il dénoncé.

Avec la collaboration de Lila Dussault, La Presse